‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 144 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Rocca, 20 septembre 1717, p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Rocca, 20 septembre 1717, p

faire donner par l'Angleterre el par la France. Le 31 décembre 1717, la conférence do- ministres à Vienne escomptait tranquillement la complaisance des whigs «'I de l'abbé Dubois, Elle poussait les alliés de Charles VI a humilier, dépouiller le roi d'Espagne'. Il est certain que les ambitions et les conditions de l'Autriche alors justifiaient les craintes et les résistances des princes italiens et d'Alberoni.

En principe, les ministres de Georges Ier et le confident du duc d'Orléans, l'abbé Dubois, avaient admis la nécessité de satisfaire d'abord les Habsbourg. Leur intention n'avait pas changé d'y obliger Philippe V. Mais la question délicate était pour eux de savoir si on l'y obligerait par persuasion ou de force. Outre que ni en Angleterre ni en France, on ne souhaitait le renouvellement et les charges d'une guerre européenne, Sunderland et Stanhope craignaient un engagement avec l'Espagne où ne participeraient pas les autres puissances maritimes, parce que le commerce anglais en souffrirait, et qu'elles en profiteraient. Ils devaient aussi savoir combien la France aurait de répugnance, et le duc d'Orléans de peine à s'engager contre Philippe V au profit de l'Empereur. Ces motifs avaient déterminé les cabinets de Londres et de Paris à préférer, encore après l'entreprise de Sardaigne, les voies pacifiques, à offrir à Madrid leur médiation, à se faire persuasifs, aimables plutôt que menaçants. A aucun prix ils n'auraient rompu avec l'Empereur: ils préféraient ne pas rompre ouvertement avec l'Espagne.

La résistance de Philippe V à leurs offres malgré tout intéressées avait dérangé ces calculs. Il n'avait servi de rien à Stanhope d'envoyer à Madrid son parent et son confident, le colonel Stanhope, d'offrir à Elisabeth Farnèse les successions de Parme et de la Toscane pour ses enfants. Le représentant de Georges Ier n'avait fait ce long voyage que pour entendre Alberoni lui reprocher des traités contraires au bien public, aux intérêts de l'Angleterre, réglés par l'amitié servile de son Hoi allemand envers l'Empereur, amitié inutile aux Anglais et qui pouvait leur devenir funeste par la ruine de leur commerce dans la péninsule.

1. Référât von 11 Januar 1718, iiber die Conferenz Silzung vom 31 dezember 1717 (Wikn Staatsarch., dans Weber, Die Quadrupel AUianz, p. 56).

Les reproches d'Alberoni ne pouvaient convaincre des ministres qui, comme les whigs et Stanhope, avaient établi leur fortune politique sur les ambitions du prince hanovrien, subordonnées en partie aux exigences de l'Empereur. Stanhope avait négligé toute objection : le 22 novembre 1717, il offrit aux Habsbourg le projet d'une alliance favorable à leurs ambitions italiennes, ébauche de la coalition anti-espagnole qu'ils espéraient1. Le 17 décembre, l'abbé Dubois avait emporté du Palais- Royal et rapporté à Londres l'adhésion du duc d'Orléans au projet d'accord avec l'Empereur2.

Au début de 1718, tandis que le roi d'Espagne excité et poussé par les Farnèse, seul en Europe et malade se disposait à poursuivre ses entreprises, son rival Charles VI s'assurait la paix en Orient, le concours des princes qui disposaient de l'Angleterre et de la France, au prix d'une Renonciation à la couronne d'Espagne onéreuse uniquement à sa vanité, et avec la promesse d'acquisitions nouvelles et fructueuses en Italie. Fallait-il que la cour de Vienne fût entêtée de ses droits, sûre de sa force et de son crédit pour avoir délibéré trois mois, de février en avril 1718, sur l'opportunité de la paix avec le Sultan, sur les conditions d'une alliance offerte de Londres par les ministres de Georges et les serviteurs du duc d'Orléans? C'est ce que l'abbé Dubois appelait dans son impatience le préjugé autrichien, politique hautaine et maladroite de défis et de marchandages qui faillit faire tout perdre à l'Empereur obstiné à vouloir tout gagner et tout exiger.

Comme elles avaient provoqué la guerre en 1717, les exigences de l'Autriche fournirent en effet à l'Espagne la dernière occasion de l'éviter. Si le duc d'Orléans s'était décidé, pour assurer ses droits, à prendre ses sûretés de préférence à Vienne et à Londres, il avait envisagé toutes les conséquences de sa décision, les inconvénients comme les avantages. Chef d'une nation qui avait lutté deux siècles pour arracher aux Habsbourg l'héritage de Charles- Ouint et installer un Bourbon en Espagne, il se voyait exposé

1. Dépêche île Pentenridter adressée à Vienne., le 23 novembre 1717 (Wikx Staatsahch., Weber, Die Quadrupel Allianz, p. 51 . V. Voir notre premier volume, Le Secret du Régent, p. 264 à 267.

au reproche d'une alliance qui allait démentir brutalement une longue tradition d'efforts, de sacrifices el d'espérances. Si l'intérêt de la France n'était plus une fidélité aveugle a cette tradition, il n'était pas davantage dans le consentemenl que le duc d'Orléans donnait pour elle, sans l'avertir, aux entreprises ambitieuses, à l'offensive de la cour de Vienne. Ses propres aveux ont conservé à l'histoire les preuves de l'embarras, du remords qu'il ('prouvait à servir, pour son intérêt seulement, les Habsbourg. « Toute difficulté serait levée s'il paraissait plus d'égalité : on commence à prendre à l'Espagne de force la Sardaigne, et elle pourra dire qu'on ne lui offre rien que ce qu'elle a naturellement par le traité d'Utrecht. Faudra-t-il en venir à des hostilités contre le roi d'Espagne pour lui faire rendre la Sardaigne ? Je sais bien que mon intérêt personnel ne s'oppose point à cette inégalité. Mais je suis Régent de France, et je dois me conduire de façon qu'on ne puisse pas me reprocher de n'avoir songé qu'à moi1. »

La diplomatie secrète du Régent, dès qu'elle prit contact avec les Habsbourg, devait s'efforcer de cacher aux Français les concessions réclamées de Londres et de Hanovre en faveur de l'Empereur, échange avantageux en Italie, et contrainte morale ou réelle sur Philippe V. Elle avait présenté son œuvre comme une intervention pacifique, un règlement impartial où les souverains d'Espagne auraient leur compte aussi. Et ce fut d'abord la Sardaigne, puis l'expectative, à défaut d'une cession immédiate, des duchés de Parme et de Toscane que le duc d'Orléans avait exigées des alliés de Westminster en faveur de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse. Les ministres de Georges Ier s'étaient prêtés d'assez bonne grâce, pour garantir à leur maître la Succession d'Angleterre, à cette tactique. Les Habsbourg, au contraire, refusaient tout au roi d'Espagne, la Sardaigne bien entendu, mais aussi la Toscane. En vain, pour leur faire entendre raison, Stanhope et l'abbé Dubois, plus que jamais unis et autorisés par leurs maîtres, avaient-ils expédié à Vienne un agent sur et adroit, le chevalier Schaub, en février 1718. « Ce que je

1. Le Régenta Dubois, 17 et '24 janvier 1718 (A. ÉTR., Aiu/., t. 314, f°" 88 el

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