‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 146 sur 189 · Wiesener, Le Régent, l'abbé Du/mis, II. p. 123 et · texte numérisé non relu

Wiesener, Le Régent, l'abbé Du/mis, II. p. 123 et

'.'>. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 24 janvier 1718 (Arch\ Nap., Farne&iana, fasc. 59 .

LA GtfERKE OL' LA PAÏX A MADRÎD ET A É>ARMÉ â9i

d'Elisabeth Farnèse*. Il lui fallait une véritable adresse pour présenter à Madrid, comme les effets d'une amitié active et désintéressée, les offres d'avantages qui, en réalité, masquaient et préparaient des exigences pénibles à l'orgueil de Philippe V et réglées par les ambitions des maisons d'Orléans, de Hanovre et de Habsbourg. Les instructions du diplomate avaient été rédigées par Dubois sous deux formes différentes, lune destinée à être montrée aux Anglais et connue de l'Empereur, l'autre trop favorable à l'Espagne pour qu'on la leur montrât. Elles lui prescrivaient d'autre part de ne révéler à Philippe V qu'à la dernière extrémité les articles secrets de la négociation engagée à Vienne, et l'alliance anglaise. Jamais encore le duc d'Orléans, aussi pressé d'assurer son avenir qu'inquiet de le compromettre, n'avait demandé à ses confidents autant en fait de manèges, d'intrigues et même de mensonges*2.

Dès que Nancré parut à Madrid, le 23 mars, la tache et le mensonge parurent plus difficiles encore. Ses amis l'avaient averti qu'il trouverait dans le cardinal un interlocuteur vil et emporté. Les souverains espagnols attendaient la délivrance prochaine de la Reine et ne purent le recevoir. Le premier contact entre Nancré et Alberoni eut lieu le 25 mars, et il fut violent : « Son Eminence a des emportements jusqu'à la fureur qui ne se peuvent dépeindre, surtout en ce qui concerne la garantie des traités d'Utrecht3. » On comprend que le cardinal se révoltât aux premières paroles de Nancré. S'il n'avait pas connu la longue intrigue formée par le Régent avec la cour de Vienne, il aurait pu, comme au mois de décembre et de janvier, accueillir, avec doute mais avec sympathie, ses protestations d'amitié et ses déclarations pacifiques. On avait compté, au Palais-Royal, sur le secret et le mystère pour se garder le droit et le moyen d'engager la conversation avec Madrid. Le mystère était dévoilé quand l'entretien commença.

1. Instructions pour M. de Nancré, 25 février 1718 (A. ÉTR., Esp., t. 268, f° 23).

2. Les deux textes aux A. ÉTR., la pièce secrète, Angleterre, t. 315, fU8 38 à 5?, et l'autre au fonds Espagne, t. 2GS, f° 23-71 — dans Morel Fatio et Léonardon, Instructions d'Espagne, II, p. 283 et suivantes

3. Lettre de Nancré au Régent, 28 mars 1718 (A. ÉTR., Esp., I. 268, I 203).

292 LES FAKNÈSE E*T L'EUROPE

Par ses agents de Londres, par Monteleone et Cellamare, Alberoni se trouvait renseigné depuis un grand mois sur la diplomatie du souverain de Hanovre et du duc d'Orléans, sur leurs concessions et leurs offres à l'Empereur. « Votre ministère, disait alors Alberoni à l'envoyé d'Angleterre, son ancien ami, n'est plus anglais, mais allemand. Il s'est donné à la cour de Vienne1. » Il allait faire honte à Nancré d'avoir accepté une commission qui tendait, au profit des Habsbourg, à brouiller jusqu'à une guerre possible la France et l'Espagne. Est-ce que l'agent anglais chargé de porter à Vienne le projet élaboré à Londres, est-ce que Stair, l'ambassadeur anglais à Paris, ne se vantaient point en public de mettre prochainement à la raison le roi d'Espagne? N'expliquaient-ils pas l'envoi de Nancré à Madrid par la nécessité d'y porter l'ultimatum des alliés de l'Empereur? Et le confident de Dubois, Chavigny, n'écrivait-il pas alors : « Il faut agir sur l'Espagne, la foudre dans une main, la Toscane et Gibraltar dans l'autre ? » Dissimulée par des assurances d'amitié, la contrainte prenait des apparences de trahison. Elle devait provoquer à Madrid des résistances et des colères.

La colère d'Alberoni fit place bientôt aux explications qui du moins purent être franches, et naturellement furent longues : trois jours, à dix heures par jour. L'impression générale en a été conservée dans les témoignages des deux interlocuteurs, qui concordent. « Le marquis de Nancré, écrivait Alberoni le 28 mars, m'a enfin exposé le grand projet qui consiste en une promesse pour l'avenir, de Parme avec la garantie, la caution de l'Angleterre et de la France et l'installation, si Votre Altesse y consent, de garnisons espagnoles dans ses places. Même promesse pour la Toscane, avec cette réserve que les Anglais prétendent restaurer à Livourne et à Pise l'état républicain indépendant. Votre Altesse avouera que ce projet est fou, chimérique. Il m'a suffi de L'entendre pour dire que le duc se trompa il, s'il croyait la Heine capable d'une telle perfidie (pie de consentir à déposséder son père de ses Etats 8. » Nancré écrivait le

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