Tome II
la solde des troupes, une somme portée déjà de Gènes en Sardaigne et remplacée aussitôt par un dépôt d'argent formé des sommes destinées à l'achat de vaisseaux en Hollande, et non employées1. » Ces chiffres que les contemporains ont accusé le ministre d'avoir enflés pour taire croire à sa puissance sont précisément ceux que le marquis de Saint-Philippe, son adversaire et son juge très sévère, a consignés dans ses Mémoires-.
Plusieurs motifs retardèrent pourtant d'un bon mois l'ordre de départ : la nécessité de mettre la main aux derniers détails de l'entreprise quand elle fut décidée, une nouvelle crise maladive de Philippe V déterminée par ses excès de table, fièvre, vomissements, qui, jusqu'au 13 juin, inquiétèrent vivement son entourage3. Enfin, les lettres de Nancrô font foi qu'Alberoni attendit jusqu'à latin de mai, exactement jusqu'au 2(>, l'échec de sa dernière tentative pacifique, le refus formel des Anglais relativement à la Sardaigne. Ce fut le 6 juin, après un entretien avec Nancrô qui ne lui laissait plus d'espérance, qu'il annonça à son ami Rocca l'action prochaine *. Mais ce fut seulement le 1.) juin, sur la déclaration formelle de l'envoyé anglais Stanhope venu tout exprès à Balsain pour apporter une réponse négative de son gouvernement que le cardinal donna à ses collaborateurs l'ordre décisif. La flotte espagnole qui tenait six lieues de mer aveq ses cinq cents voiles, ou pour mieux dire, la nouvelle Armada des Bourbons d'Espagne appareilla le 17 juin 171N '.
A ce moment seulement et par un billet d'Alberoni, la cour de Panne avait connu la destination de l'entreprise, dissimulée à toute l'Europe, aux généraux et aux amiraux espagnols euxmêmes qui reçurent après leur départ leurs lettres de service, et en mer seulement. Le 22 juin, Alberoni dévoilait ses projets : « La foudre va frapper la Sicile, conquête indispensable à nous donner à Naples les garanties nécessaires, et à
1. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 9 mai 1 7 1 s Arcu. Nap., Farnesiana, fasc. 59).