Lettre d'Alberoni à Rocca, 25 juillet 1718, p
préparait sous la direction de l'amiral Byng rappelé de la Baltique, mais avec lenteur. Et ce fut seulement le 27 mars, que le roi Georges Ier, poussé par ses ministres allemands à satisfaire l'Empereur, s'était décidé à réclamer au Parlement le droit d'augmenter la flotte et les équipages1. Mais craignant de se voir reprocher par les Anglais la rupture de leur commerce avec l'Espagne, le chef du ministère anglais, Stanhope considérait en avril encore cette mesure comme une démonstration, plutôt que comme un acte d'hostilité. Si Alberoni le prenait comme tel, et si sur son ordre son ministre Monteleone à Londres déposait une protestation par écrit, le cabinet anglais esquivait une explication capable de brouiller les deux cours. Monteleone, inquiet d'une guerre inégale entre les deux marines et de la coalition formée contre l'Espagne, n'avait point insisté, s'exposant au reproche qu'il reçut de Madrid, le 15 mai, d'avoir par son silence favorisé cet armement.
En réalité les armements de l'Angleterre n'avaient pas cessé plus que ceux de l'Espagne, quoiqu'au fond, à Londres et à Madrid, les ministres eussent préféré ne les pas employer. « La nation à Londres, à la fin de mai encore, voyait avec peine et murmure les apprêts d'une guerre prochaine avec l'Espagne. Les négociants uniquement touchés de l'intérêt du commerce ne dissimulaient pas à quel point leur déplaisait une rupture sans prétexte, sans avantages pour les Iles Britanniques, uniquement utile à l'Empereur-. » Ces négociants disaient vrai. Stanhope le sentait, il l'écrivait à son cousin à Madrid.
Pourtant, au lendemain du jour où Philippe V lit de la cession de la Sardaignc la condition de la paix, persuadé que la contrainte seule pouvait l'y faire renoncer, Stanhope déclara à l'ambassadeur d'Espagne ses intentions : « c'était réellemenl servir le roi d'Espagne que «le traverser et faire échouer toutes les entreprises capables de rallumer la guerre en Italie3». Sur ce mauvais prétexte, insuffisant à faire oublier que la promesse de
1. Pentenridter à la cour d'Autriche, 15 avril 171*. — Wien Stàatsarchiv, Weber, Die Quadrupel Alliant, p. 7'.'.
2. Saint-Simon, XV, 154, d'après Torcy, Végocialions, III, f° 632. 'à. /</.. ]i. 171, d'après forcy, III. r ° 650.
la Sicile à l'Empereur était la véritable cause de l'incendie, le ministère anglais avait donné l'ordre à l'amiral Byng d'appareiller le 12 juin *.
De même cependant que la flotte espagnole, en attaquant le roi de Sicile, ne semblait pas diriger son attaque contre l'Empereur, la Hotte anglaise n'était pas, disait-on, destinée à combattre l'escadre de Philippe V. L'amiral qui la commandait avait reçu l'ordre de protéger seulement les Etats italiens de l'Empereur et de s'arrêter en route, à Cadix, pour y solliciter une dernière fois le roi d'Espagne d'accepter la médiation de l'Angleterre-. Les Impériaux, qui eussent souhaité davantage, se félicitèrent malgré tout d'avoir obtenu de Georges Ier cet acte de médiation armée. Sous cette forme atténuée, c'était déjà beaucoup que l'Angleterre eût pris parti dans leur querelle. Les ambitions des Habsbourg, comme celles des Farnèse, en reçurent un encouragement précieux.
L'Europe, en se laissant entraîner dans cette nouvelle guerre d'Italie, subissait leur loi et le déplorait. Le roi de Sicile, Victor- Amédée ne savait plus à quel saint se vouer, pour esquiver le sort que ce conflit fatalement lui réservait. Il avait renforcé de son mieux ses garnisons de l'île qu'on voulait des deux côtés lui prendre, 5,000 hommes au plus, et envoyé au gouverneur, le marquis d'Andorre, les deux ou trois seuls vaisseaux qu'il possédât. « Pour de l'agitation, de la perplexité et de l'inquiétude, on peut assurer qu'il y en a beaucoup dans la tête et le cabinet du Roi », écrivait dès 1717 le marquis de Prié. C'était bien pire un an après, au mois de juin 1718 : Victor-Amédée négocia désespérément à Vienne et à Madrid, promettant son alliance aux deux adversaires, dont chacun voulait « diviser ses vêtements » avec la seule ressource d'obtenir la meilleure indemnité, et la crainte de n'en obtenir aucune 3.
La France ne résistait pas moins à cette guerre où elle se sentit peu à peu entraînée. Les anciens serviteurs de Louis XIV,
1. Saint-Simon, XV, p. 183, d'après Torcy, III, f»' 690, 091.
2. Instructions du 4 juin citées par Wiesener, Le Régent, l'abbé Dubois, II, p. 227.