Carùtti, Storia délia Diplomazia <lï Sàvoia, III, p
conseillers officiels de la Régence, persuadés de leur impuissance à décider désormais le duc d'Orléans en faveur de l'Espagne, portaient tout leur effort à empêcher du moins qu'il ne se déclarât contre elle. Et comme, en cette crise, ils représentaient la tradition nationale d'hostilité aux Habsbourg, leur opposition faisait redouter au duc d'Orléans les partis décisifs. Il fallut qu'au mois de juin 1718, l'abbé Dubois, moins craintif, envoyât à son maître le ministre anglais Stanhope, pour le pousser dans la voie où l'Angleterre s'était déjà engagée. Stanhope trouva le Régent « ébranlé par les représentations de la plupart de ses conseillers et, pour ainsi dire, de presque tout le royaume contre le traité ». Le traité de Londres ne devait être signé avec la Régence que par la volonté du duc d'Orléans, sous l'influence des Anglais et de Dubois « contre l'inclination de quasi toute la nation * ».
Les Etats généraux de Hollande, plus fidèles que la Régence française aux vœux de leur nation, avaient trouvé le moyen, dès le mois de mai, de ne point se joindre aux ennemis de l'Espagne, sans se déclarer pour elle. Les chefs de la République, le pensionnaire d'Amsterdam, Buys, et son collègue Duywenworden, bien décidés à ne pas servir l'Empereur détesté des Hollandais, à ne pas risquer une guerre contre l'Angleterre, écoutaient avec une patience inlassable les offres des agents de l'Espagne et de Georges Ior, de Beretti-Landi et Cadogan, sans leur donner tort ni raison, avec un dessein formé d'embrouiller des traités dont ils redoutaient les suites.
« Ainsi, selon le mot de Torcy, l'esprit de paix eût régné dans les principaux Etats de l'Europe après avoir essuyé de longues guerres, sans l'ambition et la défiance réciproque des princes2. »
Alberoni, dont l'administration avait seule permis l'entreprise inattendue de l'Espagne, ne parut que davantage le conseiller et l'auteur de cette prise d'armes intempestive. A Londres, où on allait Faire la guerre qu'un peu plus de complaisance et moins
1. Voir noire tome l,r, te Secret du Régeht, I, p. 330 êi suivantes.
2. Sur la diplomatie hollandaise, et cette citation «mi particulier, Torcy, Négociations, d'après les dépêches de Beretti-Landi, III. f0' 900 à 915 el particùliêrémenl r 912 (Saint-Simon, XV, 287).
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d'emportement de Philippe A" eût évitée au cabinet anglais, à Paris, dans l'entourage officiel ou intime du ftégèril encore plus gêné par le conflit prochain, ces apparences servirent à rejeter sur le cardinal l'initiative et la responsabilité d'une rupture, préparée en réalité depuis l'origine par les intérêts de l'Électeur de Hanovre, par ceux des princes d'Orléans ou des Farnèsé.
Le ministre de Philippe Y n'ignorait ni ces ambitions, ni cette tactique; dans l'isolement où se trouvait l'Espagne réduite à porter avec lui le poids de l'entreprise, il lit front résolument à ses adversaires qui lui déclaraient une guerre pour ainsi dire personnelle. « On nous accuse, écrivait-il à Rocca, de nous préparer un royaume par des menées secrètes1. » Puisque l'Angleterre et la France avaient été enchaînées aux ambitions des Habsbourg par les intérêts particuliers de leurs souverains, le roi Georges Ie' ou le Régent, c'étaient ces intérêts qu'il était logique et qu'Alberoni se proposa d'atteindre, pour rompre et affaiblir la coalition.
On considère généralement les alliances que le ministre d'Espagne s'efforça de former alors avec les puissances du Nord, la Suède, Pierre le Grand et les Stuart contre l'Angleterre dont la flotte le menaçait dans la Méditerranée, comme les rêves d'une ambition malade, les ressources désespérées d'une politique aux abois. « 11 avait cru, dit Lemontey, tout réchauffer par son génie et donner une vie réelle à ces chimères2. »
Mais ce n'étaient point des chimères, que la lutte engagée par l'Electeur de Hanovre avec le concours de l'Empereur et des whigs, pour agrandir son électoral, des dépouilles de Charles XII, pour lui reprendre les conquêtes de Gustave- Adolphe dans la basse Allemagne. Et ce n'était point un hasard non plus si le ministre de Charles XII, le baron de Gœrtz, soucieux de sauver la Suède menacée par les convoitises des princes allemands, avait cherché des ennemis à Georges Ier dans son royaume d'Angleterre, lié partie avec les Stuart et offert aux contérences d'Aland la paix à Pierre le Grand, pour l'opposer aux Allemands, trop habiles vraiment