‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 160 sur 189 · Lettre de Stair à Byng, '.) août 1718 (Ibid., ibid · texte numérisé non relu

Lettre de Stair à Byng, '.) août 1718 (Ibid., ibid

3. M. Wiesener a très bien précisé ces secrets et ces dates : Le Bégent, l'abbé Dubois el les Anglais, IL p. 246, J 4 7 .

j'agirai ici secrètement dans cette vue1 ». Le complot qui ruina la flotte de Philippe V au cap Passaro avait été réglé à Londres entre les Anglais et Dubois, aussitôt après l'adhésion de la France à la politique de Stanhope.

Qu'allait donc faire ce ministre à Madrid, au lendemain de tels ordres donnés aux flottes anglaises, sinon abuser par une dernière démarche Philippe Y, son ministre et l'opinion publique, endormir les défiances et prévenir les reproches ? Alberoni essaya de pénétrer les raisons de l'envoi d'un ministre si qualifié : « Son séjour à la cour dépendra des nouvelles d'Italie-. » Sans s'attendre encore à l'événement qui se préparait à l'abri de cette négociation trompeuse, il en eut cependant le pressentiment, quand il dut accorder le sauf-conduit sollicité par Nancré pour Stanhope : « Demande bizarre, disait-il, au moment où les flottes pourraient se combattre dans la Méditerranée. Ce serait vouloir faire jouer au roi d'Espagne le rôle de Polichinelle à qui l'on fait des révérences en lui donnant des nasardes et des coups de bâton 3. »

Les révérences de Stanhope, du moment où il n'avait à offrir que des conditions déjà plusieurs fois refusées par Philippe V, devaient le mettre en contradiction avec les coups de bâton, la volée de bois vert que les Anglais préparaient au cardinal. Dès le 14 août, comme il l'avait prévu sans doute, l'Anglais trouvait Alberoni froidement résolu à la négative absolue de consentir aux traités, « moins de son chef encore que par la volonté de ses maîtres4 ». Quand il fut conduit après deux jours d'entretiens stériles, à l'audience d'Elisabeth Farnèse et de Philippe V, il constata, probablement sans regret, qu'Alberoni à la rigueur se fût prêté à un accommodement, mais que Philippe Y demeurait intraitable, et la Reine plus irritée que personne. Il connaissait trop bien l'opiniâtreté des deux souverains, pour risquer, en parlant à celte heure encore de paix

1. Lettre de Dubois au Régent, 2 aoûl L718 (A. ÉTR., Ang., I. 321, 1° 15). V. Lettre d'Alberoni an due de l'arme, 15 août 17IS (Ahcm. Yw\, Farnesiana, ta>c. 59 .

:;. Lettre de Nancré à d'Huxelles, l" août \ ÉTR., Esp., I. 272, t' • 155 5 166 . I. Lettre de Nancré au même, 15 aoûl 1718 \. ÉTR., Esp., t. 272, f 209 .

même au prix de Gibraltar qu'il offrit, d'être pris au mol *. « S'il réussissait, avait dit Nancré drs le début, je croirais aux miracles auxquels je ne croyais guère. » Les politesses mutuelles que les hommes d'Etat se firent à l'Escurial pendant onze jours, réceptions, dîners, audiences royales et protestations de bons offices durables donnèrent à l'Angleterre et à la France qu'il fallait persuader, à l'Espagne même, l'illusion d'un efl'ort suprême des médiateurs en faveur du droit, de la justice et de la paix. Après cela, le cabinet anglais n'aurait plus qu'un gesle à faire, moins malaisé sûrement et plus bref que cette comédie de quinze jours pour rejeter sur l'Espagne et sur Alberoni la responsabilité de la rupture prévue, escomptée. Quand la mission de Stanhope toucha à son terme, le 23 août, il fit craindre au cardinal « qu'il n'arrivât un engagement entre les flottes2 ». Le 27 août, il quittait Madrid juste à temps pour éviter les colères du roi d'Espagne.

Ce fut, en effet, le 8 septembre que Philippe V apprit par un courrier de son nonce à Rome, le cardinal Acquaviva, la nouvelle de l'attaque imprévue des Anglais contre sa flotte3. Dès le 2 septembre, lord Stanhope, se retrouvant à Bayonne en terre française et en sûreté, faisait passer à l'amiral Byng qui n'en avait plus besoin le billet que voici : « Si vous trouvez un moment favorable pour attaquer la flotte espagnole, je suis persuadé que vous ne laisserez pas échapper l'occasion. Les deux grands objets que, selon moi, vous devez avoir en vue, sont de détruire leur flotte, si cela se peut, et d'avoir un pied en Sicile, de manière à pouvoir y débarquer une armée *. »

En arrivant à Paris où la nouvelle qu'il attendait était arrivée le 30 août, Stanhope apprit du môme coup le succès de l'amiral Byng et le triomphe de l'abbé Dubois appelé, depuis le 26 août et par la suppression des Conseils, à la direction des Affaires

1. Lettres de Nancré à d'Huxelles, 15 et 22 août 1718 (A. ETB... Esp., t. 272, f" 236).

2. Lettre de Nancré au Régent, de l'Escurial, 23 août 1718 (A. LTD., Esp., t. 272, f" 294) ; et 28 août (Ibid., ibid.).

3. Lettre de Saint-Aignan au Régent, 12 septembre 1718 (A. ÉTR., Esp., t. 273, f° 79).

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