‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 162 sur 189 · Lettre de Si.iir .-'i Cnaggs (Rec. Office, France · texte numérisé non relu

Lettre de Si.iir .-'i Cnaggs (Rec. Office, France

2. Lettre «lu Régenl à Saint-Aignan, :> septembre 1718 (A. ÉTR., Esp., I. 145,, Supplément, (<•• 238-239).

LA DÉFAITE DE I.T.SPAC.NE :i27

Elisabeth avaient l'ail toutes sortes de dilïicullés au mois d'août pour recevoir encore l<>nl Stanhope, pour entendre son projet « injuste, préjudiciable, offensant pour leur honneur ». Jamais le roi d'Espagne n'avait pardonné aux médiateurs leurs préfé-!

renées pour son ancien rival injurieuses à son égard) f;l leurs exigences, qui ne Tétaient pas moins. < Juand la Quadruple Alliance aboutit à l'attaque perfide et brutale de l'escadre anglaise, le coup fut plus sensible à un prince à qui Taisait défaut la volonté, mais non pas le courage et le sentiment de ses droits et de ses prérogatives. Son entourage, la Reine, Alberoni avaient du, pour le ménager, lui cacher pendant les premiers jours, la fatale nouvelle. Philippe Y était, en effet, toujours malade, et plus que jamais, d'esprit et de corps. Dès qu'il fut informé, le procédé et les mauvaises raisons de l'Angleterre le mirent hors de lui. Il retrouva des forces pour marquer son ressentiment, avec irritation, avec rage1.

Auprès de lui le cardinal, à qui les historiens ont bien voulu reconnaître en cette occasion une force d'àme extraordinaire, garda tout son sang-froid. S'il écrivait à son ami Rocca, le 12 septembre : « infamie plus noire ne se pouvait voir que celle des Anglais » 2, il ne fit paraître, le même jour, ni chagrin ni colère à l'envoyé de Georges Ier, Stanhope, quand il vint une dernière fois avec Nancré, l'engager à se rendre : Stanhope luimême en a porté témoignage. C'eût été pourtant bien excusable : la politique anglaise venait de détruire en quelques heures et par ruse l'œuvre de plusieurs années, cette marine dont il était si fier, engagée trop tôt dans une lutte inégale et maladroitement conduite.

Ce fut à Parme seulement, à ses princes, à leurs ministres, qu'Alberoni laissa voir ses regrets et sa tristesse. Il déplora, mais dans cette intimité seulement, que l'amiral Castaneta ou ses lieutenants eussent risqué un combat interdit par leurs instruc-

1. Lettre de Nancré à d'Huxelles, 26 septembre 1718 A. KTR., Esp., t. 273, f" 118). — Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 20 août 1718 (Abch. Nap., Parnesiuna, fa se. 59).

2. Lettre d'Alberoni à Rocca, 12 septembre 1718. Déjà au duc de Parme il se plaignait, le 22 août, d'une politique dont la seule règle était le « Slat pro rutione voluntas » (Arch. Nap., Farnesiana, 59).

tions, et exposé la gloire du Roi et sa propre réputation. Il reprocha au marquis de Lède de s'être attardé à la citadelle de Païenne, au lieu de s'assurer en quinze jours de Messine où la flotte espagnole aurait trouvé un refuge et le salut : « non habemus hominem ». « Et dire, concluait-il, que voilà tant d'années de fatigues et d'effort perdues, condamnées en un instant *. » Pour la puissance de l'Espagne dans la Méditerranée, pour les projets qu'Alberoni avait fondés sur cette puissance, le désastre du cap Passaro était un accident fatal, presque irréparable.

La première pensée du cardinal, jamais abattu, jamais découragé, fut pourtant de se mettre à l'œuvre pour le réparer. « Prenons courage et respirons d'abord et recommençons, comme si de rien n'était, notre besogne : pourvu pourtant qu'il nous vienne quelque concours. » Il acceptait avec Philippe V, qui l'exigeait, le défi de l'Angleterre, à cette heure où l'Espagne n'avait plus de marine, avec la volonté, et l'espoir de lui en refaire une. 11 ordonna la saisie des marchandises et des vaisseaux anglais dans les ports d'Espagne, expulsa les consuls anglais, et délivra des lettres de marque aux corsaires. Puis il envoya à son ministre à Londres, Monteleone, une lettre de rappel violente, destinée à exciter contre Georges Ier les négociants anglais exposés aux conséquences immédiates de la rupture. Le ministère anglais allait lui reprocher d'avoir méconnu la clauso des traités qui obligeaient l'Espagne et l'Angleterre à donner, en cas de rupture, six mois de délai à leurs négociants. L'oubli des traités n'était-il pas justifié, de Philippe Va un souverain qui, comme Georges Ior, venait de détruire sa flotte sans déclaration d'hostilité ?

Ge n'était pas d'ailleurs une question de droit, mais de force. Français, Philippe V ne put croire, en relevant l'injure, que la Régence s'associerait jusqu'au bout à l'Angleterre. Et si elle le faisait, il avait préparé, dès le 20 août, deux lettres destinées au Parlement et à Louis XV que Cellamare fit voir aux ennemis du duc d'Orléans, pour entretenir leur zèle à l'occasion, sans d'ailleurs s'en dessaisir ni se compromettre. En travaillant à dis-

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