V. Voir encore pour la suite p. 274 ;'i
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Louvillc, demeurait le confident de ses desseins sur l'Espagne.
Quand le duc d'Orléans s'était décidé ;'i conspirer avec Saint- Aignan à Madrid pour donner « L'Espagne aux Espagnols », c'était pour disputer à Elisabeth Farnèse l'héritage de son mari. Il désigna ceux des Grands qui lui paraissaient les plus capables de prendre, en cas de malheur, les mesures nécessaires et de gouverner ensuite, « les comlcs d'Aguilaret de Las Torrès, le duc de Veragua qui répondronl (1rs troupes et de l'administration, le corrégidor de Madrid qui dispose du peuple. Ils seront l'âme du Gouvernement, ils auront mu confiance entière*. » Alors, quoiqu'il s'en défendît, le duc d'Orléans parlait en maître, en tuteur, en Régent autant qu'en allié. En quoi cet appel contre Elisabeth Farnèse à la noblesse d'Espngne, à une junte nationale était-il moins grave que le recours do Philippe contre lui aux Etats généraux ?
Mais le duc d'Orléans avait alors fait beaucoup plus que n'osèrent jamais ni le roi d'Espagne, ni son ministre contre le gouvernement de France. Après avoir envoyé sur la frontière d'Espagne des troupes françaises, il n'avait pas même craint d'autoriser son ambassadeur, le dépositaire de son secret à entrer dans la junte de Régence, soi-disant pour en exclure les étrangers, en mettant à sa disposition autant d'argent qu'il faudrait-. N'y avait-il pas eu dans toutes ses démarches, malgré les protestations contraires, un dessein mal dissimulé, un complot formé par le Régent pour s'établir en Espagne, après la mort de Philippe Y, comme il avait fait en France à la mort de Louis XIV, par une intrigue et par violence ?
Saint-Aignan ne s'y était pas trompé. Il parlait à son maître de ses droits sur l'Espagne, d'un mariage pour une de ses filles avec l'héritier présomptif, le prince des Asturies. Connaissant les desseins nourris par cette ambition princière toujours en quête de royaumes, il les avait encouragés et servis, sans le moindre souci de ses devoirs envers le roi d'Espagne, dont il escomptait la mort et de la reine d'Espagne dont il préparait la ruine. Sa
1. Lettre du Régent à Saint-Aignan, 18 novembre 1717 A. ÉTR., Esp., Supplément, t. 144, f° 311).
2. Le même au même, 29 novembre 1717 (Ibid., ibid., t. 145, f° 13).
situation d'ambassadeur n'avait guère paru le gêner, ni le détourner un instant de ces trahisons, plus graves et plus préméditées que celle de Cellamare1.
Sûr de plaire au Palais-Royal, et attentif à la récompense, Saint-Aignan pendant toute la fin de l'année 1717 et le début de l'année 1718 avait été vraiment, personnellement l'âme de ce complot formé avec les Grands espagnols.
Et ce n'étaient point des aventuriers et des comparses qu'il avait recrutés, comme Cellamare à Paris. Si au mois d'août 1717 son plus précieux auxiliaire, Tinajero mort dans la disgrâce lui avait manqué, il en avait recruté un autre, instruit des secrets du Régent, revenu de Paris au mois d'avril, Villadarias, le défenseur de Gibraltar. Ce fut lui qui proposa de marier la fille du Régent au prince des Asturies. Grâce à ce personnage qui faisait autorité, Saint-Aignan avait pu assez rapidement conquérir la confiance du duc de Veragua, ennemi déclaré de la France autrefois, et l'une des meilleures têtes de l'Espagne. Le noble duc : « la superbe même, avait besoin de la France, pour conclure un mariage considérable, qui devait l'aider à devenir un véritable chef de parti, et peut-être le président du Conseil de Régence institué par la France. Il était disposé à se contenter d'une fille que la figure ou les revenus rendraient de peu de défaite. » Mais il tenait à ce qu'elle fût Française, et de très haute naissance3.
Autour de ce chef ambitieux, à l'appel de l'ambassadeur, s'étaient groupés, en 1718, l'archevêque de Tolède, le duc d'Airos, le marquis de Yillena et beaucoup d'autres. 11 lui fallait l'appui du Régent auquel il écrivit en droiture, puis un mariage princier par le rang, sinon par la fortune, dans les maisons de Bouillon, Rohan ou Monaco3.
Peu de temps après, les ducs d'Arcos, de l'Infanlado, le mar-
1. Lettres de Saint-Aignan au duc d'Orléans, '.'7 décembre 1717 (A. ÉTR., Esp. I. 145, I" 29 ; 4,29 janvier, 11 février 1718 (Ibid., ibid., î<" 21, 82, 88, 89 . — Mémoires de SaintrAignan A. ÉTR., Èsp., I. 806, f° 81).
2. Lettre <lu Régenl au duc de Veragua, 2 décembre 1717 A. ÉTR., Esp., t. 145,
3. Lettres de Saint-Aignan au Régent, 29 novembre, 27 décembre 1717 A. ÉTR.,
Esp., t. I 15, f°«29el 30)
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quis de Villena avaient donné leur adhésion ]>lus ou moins formelle aux projets de Veragua el du Régent. L'archevêque de Tolède entraînait aussi dans le complot les supérieurs des communautés religieuses, appoint considérable : « dans une ville où les moines se fourrenl partoul ». Depuis les débuts de son entreprise secrète, jamais Saint-Aignan n'avait trouvé un concours plus ferme de bonnes volontés plus actives. « Il n'y à pas un seigneur qui ne soit dans la résolution d'entreprendre quelque chose. » La santé de Philippe V, malgré des alternatives de haut et de bas, ne s'améliorait pas : Alberoni et la Heine essayaient bien de tromper le public sur son état, mais sans succès. Saint-Aignan s'était cru, en janvier 1718, tout près de loucher au but, assuré du succès qui devait faire de lui un serviteur utile et heureux du Régent1.
Cette seconde campagne diplomatique de l'ambassadeur français quoique vivement et d'abord heureusement conduite devait cependant échouer par la faute de Philippe V qui s'obstinait à vivre, par les rivalités des conjurés et surtout par l'adhésion chaque jour plus marquée du Régent, aux ligues formées à Londres et à Vienne contre les entreprises de l'Espagne dans la Méditerranée.
Si la maladie du roi d'Espagne avait réveillé l'ambition des grands seigneurs espagnols, elle avait aussi provoqué leurs rivalités. Lorsqu'ils avaient voulu se délivrer des Italiens, d'Alberoni, c'était pour se disputer entre eux la succession. A côté du parti que formait le duc de Veragua, la future junte de Régence, une autre s'était constituée, qui se désignait elle-même sous le nom de « petite junte2 ». Le vieux duc de Béjar, fort honnête homme, instruit et pieux, en était le chef : il voulait chasser l'Italien, mais en se refusant à conspirer contre la Reine. C'était d'Elisabeth Farnèse môme avertie par le canal de sa nourrice Laura Piscatori, et peu à peu désabusée de son ministre favori, qu'il attendait le renvoi d'Alberoni. Toute la maison de Béjar entrait dans ses vues, le plus jeune frère, lieutenant-général des armées du Roi, son oncle le comte de Lemos, ses amis intimes, Priego
1. Le même au même, 4 et 29 janvier 1718 A. ÉTR., ièid., t. Mr.. f" 21 el 88 .