‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 168 sur 189 · Ibid., ibid · texte numérisé non relu

Ibid., ibid

et Pefiaranda : bref une bonne petite intrigue de famille1. Enfin le duc d'Aguilar travaillait de son coté, mais pour lui seul, à la ruine d'Alberoni et du Roi même. Sons scrupule, prêt à tous les coups de main, impatient et ombrageux, il voulait enlever à Philippe V le gouvernement, à sa femme la liberté, au duc de Veragua l'honneur et le profit d'une révolution, et gouverner tout seul au nom du prince des Asturies2. Saint-Aignan suivait les intrigues du parti Béjar, sans trop compter sur la nourrice, découvrait celles d'Aguilar, sans trop s'y engager, sans oser conspirer contre le Roi lui-même. Il essayait de les réunir et d'entretenir leurs espérances.

« Avertissez les Espagnols, lui avait alors écrit le Régent en mars 1718, que tandis qu'ils s'alarment en vain de choses qui ne devraient pas leur porter ombrage, ils ne prennent pas garde à la seule qu'ils ont à craindre, c'est la mésintelligence qui règne déjà entre eux par le motif de leur intérêt personnel. Ils ne sont pas encore libres et chacun prétend être le maître. » « Les Espagnols bien intentionnés, disait-il encore, ne sauraient, ce me semble, mêler trop de sagesse à la flamme de leur vivacité, pour ne pas faire échouer leurs desseins ; le roi d'Espagne peut n'être pas libre pour s'appliquer au gouvernement, mais non pas pour s'empêcher de punir et de ranger à leurs devoirs ceux de ses sujets qui voudraient entreprendre quelque chose contre son autorité. » Enfin le duc d'Orléans essayait de mettre en garde Saint-Aignan contre les dangers de ces intrigues hâtives et par trop audacieuses. L'ambassadeur se défiait bien, mais il courait le double risque, ou de perdre la confiance des seigneurs en ne les suivant pas, ou de se perdre dans leurs intrigues compliquées et criminelles. Cet embarras avait paralysé ses efforts et retardé le succès de ces projets.

Enfin, si la conduite des Grands d'Espagne traversait sans cesse les complots de Saint-Aignan, les intrigues compliquées et contradictoires du Régent à Londres, ;'i Vienne el ;'i Madrid

1. Saint-Simon, Mémoires, XVIII, p. 1? cl 13: Abbé il«' Vayrac, État présent de l'Espagne, III.

2. Lettres de Saint-Aignan au Régent, Il avril el 11 mai 171* \. ÉTR., Esp., t. 1 15, Supplément, t 183, et t. 285, r 251).

LA DEFAITE D'ALBERONl 349

même n'étaient point faites pour lui donner d'autre pari auprès des Espagnols l'autorité nécessaire à un chef de parti.

Lorsque, au mois de mars 171S, le due d'Orléans avait envoyé son confident Nancré à Madrid, et l'avait mis en négociations directes avec Alberoni, les honnêtetés dont le premier ministre l'acabla, les égards et jusqu'à un certain point la confiance que Nancré lui marqua semblaient indiquer un rapprochement entre la Régence, la reine d'Espagne et son ministre

Les Espagnols ne comprenaient plus. Quand ils voyaient Nancré autorisé à se rapprocher des Italiens, ils doutaient des offres que Saint-Aignan leur faisait au nom de son maître. Pour qui le duc d'Orléans se déclarait-il, pour les Parmesans ou poulies Espagnols ? Saint-Aignan avait constaté leur défiance. Il s'efforça de les rassurer, tremblant lui-même pour son œuvre. El d'ailleurs ses complices avaient raison de se défier, et lui-même de trembler : « Si la mort du roi d'Espagne, lui écrivait le Régent, le 17 mai 1718, se produisait pendant la négociation de Nancré, et qu'Alberoni et la Reine se montrassent accommodants, il faudrait abandonner le parti espagnol1. »

L'échec de cette tentative dernière du Régent, réglée par son désir secret de ne point rompre avec l'Espagne, aurait pu réconforter à Madrid les ennemis d' Alberoni, si elle n'eût été presque aussitôt suivie de la signature de la Quadruple Alliance à Londres et à Vienne. Les Grands d'Espagne n'étaient pas moins hostiles aux Habsbourg, aux Anglais serviteurs des ambitions de l'Autriche, qu'aux Italiens serviteurs et courtisans des Farnèse.

En vain, Louville et Longepierre à Paris, Saint-Aignan à Madrid, s'étaient-ils efforcés de détourner le duc d'Orléans de l'alliance anglaise, de le convaincre que sa meilleure ressource était l'amitié des Espagnols : ce Je crains, disait l'un, qu'on ne trompe Son Altesse Royale au sujet de 1: Angleterre. » « J'ai fort insisté sur cet article, lui répondait Louville, en lisant votre lettre à Son Altesse Royale sur l'intérêt qu'elle a de conserver les Espagnols. Ne vous lassez pas de rebattre, dans votre dépèche, les articles des vues et des artifices d'Alberoni, de la

1. A. ÉTR., Esp., t. 270, f° 25. — Yuir aussi les Mémoires du Noailles, p. 274.

négociation d'Angleterre et des justes frayeurs des Espagnols à cet égard. »

Désormais le Régent devait rester sourd à ces représentations. 11 allait conclure la négociation d'Angleterre, au risque de s'aliéner les Espagnols. Les Espagnols, de leur côté, s'écartaient insensiblement de lui : quand la guerre reprit en Italie, ils en souhaitèrent la continuation et se réjouirent de l'expédition de Sicile, par fierté patriotique, au risque de fortifier par leurs applaudissements le crédit d'Alberoni auprès de Philippe V.

Le pauvre Saint-Aignan, abandonné de tous côtés, avait vu, au mois de juillet 1718, sa « négociation coulée à fond ». Après deux ans d'intrigues qui lui avaient donné à de certains moments des espérances véritables, la rupture définitive qui se préparait entre Philippe V et son neveu, obligé par l'alliance anglaise d'applaudir aux défaites de l'Espagne et de son Roi, allait l'éloigner de Madrid pour toujours.

N'eût-il pas mérité plus que Cellamare, et son maître plus qu'Alberoni, le traitement infligé, en vertu du droit des gens, à l'ambassadeur d'Espagne? Le complot qu'il avait dirigé à Madrid datait d'un temps où le Régenl n'avait pas même l'excuse d'entreprises analogues formées contre lui à Paris, de près de deux ans ; les intrigues actives de Cellamare de quatre mois à peine, et du jour seulement où s'était scellée à Vienne l'alliance du duc d'Orléans et des Habsbourg. « Les matériaux de l'incendie, a dit avec raison Lemontey, étaient autrement plus considérables en Espagne, rancunes, ambitions, jalousies des premiers seigneurs de la cour 1. »

Au lieu de s'adjoindre enfin, comme ('ellamare, avec réserve, à une conspiration qu'il n'avait pas provoquée, Saint-Aignan, hardiment, si hardiment qu'à Paris on s'effrayait de son zèle outré, avait de toutes pièces organisé, suivi, et refait cette intrigue, sur un plan cl des ordres reçus du Palais-Royal.

El qui donc enfin, de Philippe Von du Régent, avait le premier donné le signal de celle guerre cuire parents, d'une véritable

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