Lcmonli'v. Histoire de la Réç/ence, II. p
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guerre civile à main année ? On l'aisail grand bruit à Paris d'une liste de misérables officiers en réforme, qui, selon l'usage du temps, proposaient en 171S leurs services à Philippe V contre l'Angleterre. On ne parlait pas, et pour cause, de ces troupes françaises brusquement massées, en décembre 1717, au pied des Pyrénées et de l'appel adressé à la noblesse d'Espagne par le duc d'Orléans : « Je suis bien aise que les Espagnols soient contents de ce que j'ai l'ait avancer des troupes sur la frontière comme ils Pont désiré. J'en ferai marcher autant qu'ils en demanderont1. » A la noblesse de France, Philippe Y parlait seulement d'une convocation des Etats généraux. Le pardon que le Régent refusait à Paris à son oncle et à Cellamare, lui eût été plus nécessaire en Espagne.
11 n'est pas indifférent, enfin, de noter qu'Alberoni le lui accorda. Après avoir fait saisir sur des courriers de France les dépêches de Saint-Aignan qui, chiffrées, ne lui apprirent d'abord rien, le cardinal peu à peu s'était renseigné sur ses manèges. « Le duc Régent fait avec son ambassadeur tout ce qu'il peut, écrivait-il à Parme le 10 octobre 171S, pour soulever les Grands contre le gouvernement. Je ne m'en irai d'ici que si je veux-. » Il laissa tout le loisir à Saint-Aignan de conspirer jusqu'à la lin de son ambassade3.
Le terme de cette ambassade parut venu lorsqu'au début de novembre le refus définitif de Philippe V décida Nancré à quitter Madrid. Le 27 octobre, Saint-Aignan faisait ses préparatifs4 ; le 12 novembre, il crut remarquer alors les symptômes d'une nouvelle crise qui menaçait le roi d'Espagne. 11 suspendit son départ, dans l'espoir et avec le dessein arrêté d'en profiter encore contre la Reine et contre Alberoni. L'audace était grande, mais le duc avait trente ans : il était spirituel, impétueux, avide de remplir avec éclat la destinée que sa nomination récente au
1. Le Régent à Saint-Aignan, avril 174S (A. ÉTR., Esp. Supplément t. I 15 .
2. Lettre d'Alberoni au duc de Panne, 10 octobre 1718 (Akch. Nap„ Farnesiana, fasc. 59).
3. Lettres d'Alberoni à Monta et à Nancré, 13 et 19 décembre 1718 A. ÉTR., Esp., t. 275, f°s 75 et 88). Il traite le complot alors de carnaval funèbre.
4. Le Régent lui avait envoyé le 5 octobre un ordre de départ (A. ÉTR., Esp., Supplément, t. 145, f° 245).
Conseil de Régence, récompense de son complot, lui préparait1. Au grand étonnement d'Alberoni il s'attarda à Madrid : le confesseur du Roi, Daubenton, alla de sa part le prier d'en sortir. Il refusa, comme Louville autrefois, et presque de la môme manière insolente. On ne l'expulsa de force, le 13 décembre, que par sa faute, et en lui rendant d'ailleurs sur la route les honneurs dus à sa condition. Jusqu'à la fin la fortune servit son audace. Il était encore en Espagne, mais assez loin déjà, près de Pampelune, quand il apprit du courrier de France qui l'apportait à Madrid la nouvelle de l'arrestation de Cellamare. Il put, en évitant les routes officielles, se dissimuler dans les montagnes, en plein hiver, sans autre dommage que les fatigues imposées à sa femme enceinte, et s'échapper jusqu'à la frontière au risque d'être pris pour un contrebandier-. Tout le châtiment qu'Alberoni avait tiré de ses intrigues et de ses insolences fut une raillerie méritée : « J'ai renvoyé ce baladin lorsque ses extravagances ont eu suffisamment amusé Madrid et servi de supplément au carnaval. »
Ce n'était pas Philippe Y, encore moins Alberoni qui déclaraient la guerre aux Français. Ils n'avaient pas besoin, pour justifier leurs mesures contre le Régent de France, d'invoquer ses intrigues en Espagne. Il leur suffisait, comme ils le firent dans les manifestes publiés en décembre 1718, en février 1719, de signaler la portée de l'alliance contractée par le duc d'Orléans avec les Habsbourg, soi-disant pour le bien de la paix, en réalité pour ses intérêts et ses ambitions, « nouveauté si monstrueuse pour une nation qui avait tout sacrifié afin de disputer à l'Autriche la monarchie d'Espagne3 ».
La déclaration de guerre, au contraire, que le duc d'Orléans fit approuver le 8 janvier 1719, au Conseil de Régence, et le manifeste appuyé par les arguments de Torcy et de Dubois, rédigé
1. Lettres <l<- Sainl-Ai^n/m ;iu 1 toi, à Dubois, '.M cl \K> novembre A. KTIL, Es/)., I. 274, f°" 40 ;'i 48), à comparer aux lettres d'Alberoni citées plus liant.
V. Lettres du même, 17 el 22 décembre L718 Ibid., ibid., f°" 134 et 153).
::. Le premier < I « - ces manifestes a été cité el analysé par Baudrillart, Philippe l et le )//<!■ d'Orléans, p. 352, el l'autre également, un peu plus loin, on le
trouve coi tous les autres à la Bibliothèque Nationale {Catalogue d'Histoire
d'Espagne, n01 694 el suivantes).
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dit-on par Fontanelle, ne reposaient que sur [e prétendu complot tramé par l'ambassadeur d'Espagne et Alberoni. Dubois l'a luimême avoué à ses amis d'Angleterre : la découverte de cette conspiration était absolument nécessaire pour vaincre l'opposition des Français à cette guerre. Elle l'ut le principal grief qui permit au Régent d'accuser Alberoni d'avoir voulu troubler la paix de la France et de l'Europe1.
Dans la lutte très inégale qui allait s'ouvrir, Alberoni ne se faisait guère d'illusions. « C'est la lin du monde, écrivait-il à ses confidents, je ne suis pas sans tourments ni sans peine. » Il avait escompté, pour mettre le roi d'Angleterre, Electeur de Hanovre, à la raison, le concours des princes du Nord. Au mois de décembre 1718, Charles XII se faisait tuer au siège de Fredriksbald : sa mort entraînait la ruine de Gcertz et de ses desseins. Ce fut alors qu'Alberoni se décida à former dans les ports d'Espagne l'expédition jacobite qui devait d'abord être dirigée de Hollande ou de Suède sur l'Ecosse. L'àme de cette nouvelle entreprise était le duc d'Ormond à qui le cardinal redisait ce qu'il avait dit en novembre 1718 de la ligue du Nord : « si elle échoue, l'Espagne sera obligée d'accepter la paix à n'importe quelles conditions ». Pour la seconde fois, c'était le langage d'un homme réduit aux expédients.
Le 8 février 1719,1e chevalier de Saint-Georges s'embarquait à Nettuno, petit port de l'État romain, tandis que ses domestiques, pour tromper la surveillance des Anglais, prenaient par le Milanais la route de terre, en carrosse à sa livrée. Le carrosse fut arrêté à Voghera par les autorités autrichiennes : le Prétendant arriva sain et sauf à Rosas, et bientôt, le 28 mars, à Madrid où il fut reçu par Philippe V avec tous les honneurs dus à son rang et à son malheur3. Trois navires de guerre échappés au désastre du cap Passaro, armés à Cadix par les soins de Patino, pourvus d'un corps de débarquement de 5,000 hommes, ne l'avaient même pas attendu pour transporter ses partisans en Ecosse, où
1. Voir le mémoire curieux de Torcy (A. ÉTR., Esp., t. 275, f" 87).
V. Lettre d'Alberoni à Rucca, 28 mars 1719. — Lettres de Dubois à Craggs, lf) janvier, lf» et 26 mars 171e.) (A. ÉTR., Esp., t, 323, f0' 3S et 40). — Mahon, Uistory of Engtand, I, p. 348.