‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 171 sur 189 · LA DEFAITE D'ALBERONI 3S · texte numérisé non relu

LA DEFAITE D'ALBERONI 3S

ELuit-cc bien à l'auteur d'une conspiration dénoncée à l'indignation de tous les bons Français, à l'homme d'Étal coupable d'avoir mis le feu de la guerre civile en France el dans toute l'Europe que s'adressaient, à la veille ducombal décisif, soi-disant et uniquement engagé contre ce ministre turbulent, ces ouvertures, ces offres de concours et de services?

Dans l'extrémité où il se trouvait, Alberoni, sans allié contre les premières puissances de l'Europe, eût cependanl accepté ces offres, s'il eût été le maître. On a douté de la sincérité de ses assurances pacifiques, de ses protestations renouvelées d'impuissance. On a attribué à son orgueil inflexible, aux illusions de sa vanité, à un défaut de clairvoyance total l'engagement décisif qui lit la perte de l'Espagne et la sienne. Mensonge que sa lettre du 28 janvier à Nancré : « C'est le Roi qui croit contraire à son honneur d'accepter ce projet. Son Altesse Royale peut compter qu'il laissera mettre le feu aux quatre coins de l'Europe à moins qu'on ne trouve quelque expédient à lui proposer pour le persuader que son honneur est à couvert. C'est à Son Altesse Royale de m'en fournir quelqu'un, et elle verra comment j'agirai1. » Mensonges et fanfaronnades que ces projets attribués à Philippe V de vouloir défier l'Europe avec les forces de l'Espagne reconstituées !

Pourquoi alors ces aveux de découragement d'Alberoni à son ami Rocca, le 6 mars, le 20 avril? « Dans la situation où je suis, que de chagrins, que de tristesses, combien de fois je me rappelle et je regrette la condition privée où je vivais sans trouble et sans inquiétude !. . . Le poids que je porte est bien lourd. . . Il faut se résigner-. » Est-ce le langage d'un fanfaron de gloire, volontairement aveuglé, et follement lancé à la poursuite d'un succès impossible? Ou'en face des actes de défi et de combat exigés par Elisabeth Farnèse et Philippe V, ses protestations au Régent aient paru suspectes, cela peut encore s'expliquer. Mais le même langage tenu à la cour de Plaisance pour ses maîtres et pour les gens de Parme ne saurait inspirer les mêmes doutes ; qu'on lise

1. Lettre d'Alberoni à Nancré (A. ÉTR.. Esp., Mémoires et Documents, I. 142, 1'" 67 .

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