iesener, III. \<. VU
2. Lettre de Peterborough à Gazzola, 13 mai 1718 (Abch. Nap., Farnesiana, fasc. :>7).
LA DÉFAITE DALBERON] 367
Régent d'entrer en commerce discrel avec L'Espagne sans blesser ses engagements avec l'Angleterre '.
Lorsque la rupture devint certaine entre la France el Philippe V, Peterborough en conçut un vif regret : « Je ne vois rien qui ait l'apparence de produire du bien. » 11 ne se découragea pas cependant. 11 vit le tort causé en France au Régent par la guerre d'Espagne : « On y était scandalisé de ce qu'il faisait contre l'Espagne, et en faveur des Allemands. » Il prévit la nécessité où l'opinion publique le réduirait de se rapprocher de Philippe Y : «un occasione favorevole per la Francia è la Spagna d'unirsi non poteva essere lonlana ». En même temps, il eut le mérite de comprendre que le duc de Parme sérail toujours, à un moment donné, l'agent intéressé et désigné de ce rapprochement. « Le ciel et les hommes, disait-il, sont d'accord pour ruiner l'Italie. » Dans la péninsule, le duc de Parme allié aux Bourbons était plus particulièrement exposé à la vengeance des Impériaux : « Ce n'était qu'en ralliant les deux branches de la famille qu'il pouvait se défendre-. Si jamais la conjoncture veut admettre une correspondance entre le Régent et l'Espagne, ce sera toujours par le canal du duc de Parme. Pensez-y bien, ne perdez point de temps, faites la paix pour vous, votre fille, votre gendre3. » Lui-même se tint prêta tout événement.
Ce furent ces conseils de Peterborough qui, dès le mois de février 1719, déterminèrent l'envoi à Madrid du diplomate parmesan, Scotti. Arrivé au mois de juin 1719 en Espagne, Scolti n'avait pas réussi d'abord mieux qu'Alberoni à vaincre l'obstination de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse Puis, au mois d'août, ce fut lui que les souverains espagnols, se décidant enfin à la paix, chargèrent d'aller la demandera la Hollande. Poursuivre les progrès de cette mission paci tique et de son programme, Peterborough, à qui les voyages d'ailleurs coulaient peu, quitta sa résidence d'Angleterre et vint à Paris.
Depuis deux mois que la guerre avait commencé entre
1. Lettre de Peterborough à Gazzola, 25 juillet 1718 Ahui. \ ip., Farnesiana, .".7 .
2. Même cmrespondance, 2 janvier et 1'.» juin 171(.l (Ibid., ibid.
3. Lettres de Peterborough au duc de Parme, 30 novembre 1718, 2 janvier el 3 avril 1719 (Ibid., Ibid.).
368 LA GUERliE FKAN'CO-ESPAGNOLE
les Alliés et Philippe Y, il avait le sentiment que de plus en plus la perte d'Alberoni devenait la condition de la paix. « Le cardinal embarrasse tout le monde, disait-il à Parme, dès le 3 avril, c'est une sorte de Don Quichotte1. » Il entendit, à Paris, attribuer à Albcroni toutes les responsabilités, en bien comme en mal. « Je suis à Paris, la scène des grandes nouvelles, mais elles sont toujours fausses. On veut toujours inventer quelque chose de grand du cardinal : mais je ne vois rien de sa façon que de fort médiocre"2. » Le Régent s'emportait contre lui en des termes fort vifs : « Il faudrait montrer à Philippe V le fond du sac. Le cardinal, pour un ministre italien, fait trop l'homme d'honneur. Un ministre qui parle toujours d'honneur, sans le prouver, ressemble fort à une femme qui a toujours la vertu sur les lèvres, et l'amour dans les yeux3. »
Le refus que firent Stanhope et le Régent de laisser Scotti passer en Hollande, pour traiter de la paix au nom d'Alberoni, ne laissa plus aucun doute à Peterborough sur les intentions des Alliés. Leur défiance à l'égard du cardinal était invincible. C'était le moment où Stanhope déclarait qu'il ne pouvait y avoir avec lui « de paix solide, ni durable ». L'Angleterre ferait la paix avec l'Espagne si la guerre continuait, sans trêve, contre Alberoni. Peterborough, qui tenait beaucoup à l'une et ne s'intéressait pas à l'autre, se chargea du plan de campagne. La rancune contre ses anciens adversaires, les ministres whigs, avec qui il se concerta en septembre à Hanovre, ne semblait pas, en cette occurrence, avoir résisté au prix que lui offrirent Georges Ier et le Régent, de vingt mille livres sterling chacun, pour le récompenser de sa peine.
Il passa une fois de plus les Alpes, en octobre 1719, sous un nom d'emprunt. Le signor Antonio Gavassi allait demander aux ministres du duc de Parme de ruiner l'homme dont ils avaient fait la fortune autrefois : les Farnèse n'avaient-ils pas plus que jamais intérêt à la paix, et le seul obstacle n'était-il p;is
1. Lettre '!<• Peterborough à Gazzola, •! avril 1719 Vrch. Nap., Farnesiana, fasc. 57).