Tome II
décida, sur cette terre italienne qu'il avait rêvé de délivrer des étrangers.
L'auteur de ce complot avait pris le mot de Dubois à Paris, des ministres anglais à Hanovre1. 11 ne lui restait qu'à s'assurer la collaboration du duc de Parme. Gazzola la lui promit et retourna le 18 novembre à Plaisance pour en obtenir du duc la promesse authentique. Peterborough la reçut, quatre jours après, aussi formelle que possible. Il fut autorisé à commencer auprès du Régent les plus vives attaques. Le duc de Parme se chargea de suivre toute l'affaire à Madrid.
Ce fut à la fin de novembre que Dubois et son maître reçurent à Paris les offres décisives de la cour de Parme : elles étaient de nature à les séduire, conformes aux vues de l'Angleterre et aux exigences de Stanhope. Peterborough affirmait qu'à Parme on allait attaquer le cardinal « avec une vigueur égale à son obstination ». Les Farnèse ne faisaient point difficulté, pour servir le Régent, de renverser Alberoni. Ils lui demandaient seulement une lettre pour Philippe V, capable de persuader ce prince que les cours de France et d'Angleterre étaient résolues à n'entrer en négociation qu'après le renvoi d'Alberoni : & Les intérêts du Roi catholique, le soulagement de l'Espagne, l'état déplorable de l'Italie demandent, disait Peterborough à Dubois, que l'on mette des bornes aux visions et aux folies de ce ministre. Ce serait un grand soulagement à nos ministres de pouvoir montrer la guerre d'Espagne comme finie, si on en doit appréhender une nouvelle avec les Moscovites-. »
Dubois n'avait qu'une assez médiocre confiance en Peterborough3. Mais il ne pouvait nier l'avantage certain de se débarrasser d'une double guerre par une attaque décisive contre Alberoni. Et le 9 décembre il expédiait à Parme la lettre du
1. Minute de la lettre du duc île Parme an Régenl (Arch. Nap., Famesiana, fasc. 59 L'original esl au fonds Parme, l. VI, des A. ÉTR.
2. Lettres de Peterborough au dur d'Orléans, à l'abbé Dubois, « I * * \<>vi. •.'H novembre 1719 avec une lettre de Gazzola aux mêmes (A. 1711!.. l'arme, t. VI, i 96,98).
3. Lettre de Dubois à Stanhope, 20 octobre 1719. « Il peut l'aire beaucoup de
biei 'If mal. .l'y prendrai garde, sans l'effaroucher. » (Mahon, History of
England, I. 365, note 8.)
LA DEFAITE D'ALBERONl 371
Régent qui devait mettre en demeure les souverains d'Espagne de renvoyer leur ministre.
Au moment où cette lettre partit de Paris, la disgrâce du cardinal était un fait accompli. Les hommes d'Etat de Parme avaient si bien manœuvré auprès d'Elisabeth Farnèse qu'au moment décisif, leur victoire fut plus aisée qu'eux-mêmes ne !<• croyaient.
Dès le mois de juillet 1710 à Madrid, Scotli avail tâté le terrain, d'abord avee beaucoup de réserve. Il avait habitué peu à peu la Reine à l'idée de se tirer d'embarras par le renvoi d'Alberoni : « Si on ne pouvait faire autrement, il faudrail bien le chasser1 », avait dit alors la Reine. « Comment? » s'était écrié le Roi, qui craignait de s'humilier lui-même en chassant son ministre.
Le fruit pourtant n'était pas encore mûr, quand Scotti vint à Paris: « C'était un grand et gros homme fort lourd, dont l'épaisseur se montrait en tout ce qu'il faisait et disait, avec cela ambitieux et très infatué de sa personne2. » Dubois n'eut pas de peine à éveiller son ambition, à l'exciter contre Alberoni. S'il l'empêchait d'aller en Hollande chercher la paix, pour le compte du cardinal, il lui persuada de retourner en Espagne pour le ruiner. Il gagnait également le ministre du duc de Parme à Paris, l'abbé Landi3. Il dépêchait enfin aux Farnèse un envoyé extraordinaire, qui avait toute sa confiance, Chavigny. Et déjà persuadé, même avant les démarches décisives de Peterborough, le duc Farnèse engageait, le 29 septembre, Scotti à retourner à Madrid pour parler à Alberoni « d'une affaire très mportante qui ne pouvait être communiquée que de vive voix * ». Il fallait le déterminer à se soumettre ce qui ne dépendait pas de lui, ou à se démettre.
Autour d'Alberoni, dès le mois d'octobre 1719, le cercle des intrigues qui devaient le perdre, se resserra. S'il ne put alors
1. Lettre de Scotti au duc de Parme, juillet 1719 (Ahch. Nap., Farnesiana, fasc. 55).