I.A DEFAITE D'ALBERONl
tout, exerçait une sorte de régence, où Leurs Majestés étaient le moins accessibles aux insinuations que Scotti prétendait leur faire. Alberoni le reçut : il le combla de prévenances ei d'honneurs, mais ne le laissa quitter Madrid que par exception, en le surveillant. Scotti isolé, obligé de se loger dans un couvent, ne pouvait guère fréquenter FEscurial sans échapper à cette surveillance, et se vit réduit à des entretiens avec Alberoni qui n'avançaient pas ses affaires. Le cardinal se déclarait favorable à la paix : « Si cela ne dépendait que de moi, répondait-il, elle se serait faite au mois d'août l'an passé. Je pardonne à tous ceux qui m'accusent de vouloir la guerre à tout prix. Mais un ministre n'a d'autre droit que celui de faire des représentations. (Test ce qui le distingue de ses patrons1. » Alberoni livrait sa dernière bataille : ses positions étaient solides; ce qu'il disait de sa politique, exact. Il se défendait fièrement, incapable de s'humilier devant le duc d'Orléans, décidé à lui tenir tète jusqu'au bout : « Je vous assure, disait-il au duc de Parme, le 13 novembre encore, que sans un principe d'bonneur et de reconnaissance, il n'y aurait pas besoin des efforts du duc d'Orléans pour me faire sortir d'Espagne. Sous le poids que je porte, je vois bien que ma vie succombera-. » Donc, il n'ignorait rien du motil qui avait décidé le second voyage de Scotti, et s'employait de son mieux à le faire échouer. « Je m'imagine, disait-il plaisamment, que notre signor marquis Scotti ne pourra faire autrement que de s'ennuyer dans ce pays3. » Il avait compté sur la lassitude de l'ennemi pour gagner encore cette partie décisive que pour la première fois de sa vie les Farnèse l'obligeaient à jouer contre ses maîtres.
Peut-être eût-il réussi, si les ordres pressants de la cour et l'obstination comme la servilité des ministres de Parme n'avaient soutenu les efforts du marquis Scotti. A partir du moment où Peterborough eut assuré contre lui l'entente des Anglais, du Régent et des Farnèse, Alberoni fut perdu. A Plai-
1. Lettres d' Alberoni à Rocca, 20 et 29 novembre 171'.», p. 641.
2. Lettre d Alberoni au duc de Parme, 13 novembre 1719 (Ancn. N'ai-., Farnesiana, fa se. 64).