Coxe, Bourbons d'Espagne, II, p
se garda bien de les accuser. Saint-Simon, grand fureteur de sa nature, fut obligé de reconnaître son impuissance « à découvrir ce curieux détail '. » On attribua la perte d'Alberoni à une colère imprévue, à un ordre subit de Philippe V.
Il est certain qu'après l'événement, la conduite du Roi et d'Alberoni justifièrent cette opinion. Comme il arrive toujours, les courtisans excitèrent le Roi contre le ministre déchu. Ils accusèrent Alberoni d'avoir pillé le trésor royal et trafiqué des impôts publics, au point de se constituer une fortune de deux millions mise en lieu sûr par son secrétaire et son complice, Don Carlo Rosellini-. A peine le cardinal avait-il quitté Madrid, le 12 décembre 1719, date inscrite par lui-même sur son exemplaire de Y Imitation 3, que la cour le fit poursuivre par un officier des gardes. Le lieutenant du Roi à Barcelone s'embusqua à trois milles de cette ville, arrêta le ministre et sa suite, fouilla ses hardes, sa personne et jusqu'à sa chemise. Il s'agissait de lui enlever tous les papiers qu'il pouvait avoir gardés pour établir la responsabilité de Philippe V et des Farnèse dans les actes que l'Europe lui reprochait. Alberoni n'avait pas encore atteint la frontière d'Espagne, qu'il fut de nouveau maltraité, près de San Saloni en Catalogne. Il avait demandé à prendre la route de Biscaye, plus sûre que celle de Catalogne. On lui refusa. Et, en plein hiver, par de mauvais chemins, deux cent cinquante miquelets se ruèrent sur son escorte. Quatre soldats et valets furent tués auprès de lui. Alberoni saisit son sabre, sauta sur son cheval, et força le passage à la tête de ses hommes. L'Espagne le réduisait à combattre pour sa propre sûreté4.
Ce fut le dernier épisode de la guerre qu'on lui avait déclarée. Le ministre du duc de Parme à Madrid disait confidentiellement à son maître : « Je voudrais pour son bien qu'il fût déjà hors de tous les domaines de l'Espagne, car je crains que Sa Majesté