Saint-Simon, Mémoires, éd. Chéruel, XVI, p
2. Lettre de Scotti au dur de Parme, 20 janvier 1720 (Arch. Nap., Farnesiana, fasc. '■>■> .
'.'>. ( .«msi'i'vt'" nu coll('i,'e San Laz.no Aibcrimi, A Plaisance, et recueilli par l'abbé Bersani, le biographe pieux el consciencieux du cardinal, p. 280, 281.
I \ incènzo Papa, L' Alberoni et la Sua dipartilura <// Spagna, p. 95, ainsi < j m • Bersani, Giulio Alberoni; «m encore Lemontey, Histoire de In Régence, 1, p. '-'"'•,. 281.
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ne nous pousse à des résolutions violentes sur la personne de son Eminence4. » La vérité fui que l<is Farnèse s'inquiétaient encore, un mois plus lard, à la pensée que le cardinal, malgré la saisie effectuée à Barcelone, pouvail se croire <-ii droit d'abuser des secrets qu'on lui avait confiés. Nous savons par !<■ marquis Scotti qui procéda en présence des souverains espagnols au dépouillement de ces papiers rentrés aux archives de l'Étal par ce coup de force, combien Philippe V et le duc <\i- Parme désiraient également les reprendre.
C'étaient les lettres écrites de Plaisance au cardinal, sous condition qu'il les brûlerait, « des choses du dernier secrel ■■, les pièces essentielles d'une correspondance qui, heureusement pour la justification d'Alberoni, n'ont point disparu des archives de Naples. C'étaient aussi le testament écrit par Philippe Y, dans sa grave maladie, en faveur de la Heine et de son ministre, et plus encore, les pleins pouvoirs accordés à ce moment au cardinal, droit absolu d'administrer les finances, de faire la paix et la guerre confirmé de la main du Roi qui prétendait maintenant ne plus môme se rappeler le fait, s'indignait du larcin, et déchira le tout, au préjudice même de la Reine appelée autant qu'Alberoni à bénéficier des dispositions royales-'.
Fallait-il qu'en frappant leur ministre, leur homme de confiance, les souverains de Parme et d'Espagne se sentissent exposés à ses reproches légitimes. Ce fut par la suite le seul motif de leur acharnement contre lui. Quant au cardinal, par système il continua à ne s'en prendre qu'au roi d'Espagne, répondant à ses poursuites par des écrits et des paroles de la même violence. Dès qu'il eut passé les Pyrénées, Dubois et le Régent se chargèrent de provoquer sa colère, avec le dessein secret d'utiliser ce qui lui échapperait. Il leur importait, au moment où la disgrâce du ministre allait rendre la paix possible, de connaître à fond la cour d'Espagne. Les Anglais étaient satisfaits, le Régent ne l'était pas encore. Il lui fallait l'assu-
1. Lettre de Scotti au duc de Parme, janvier 1720 Ahch. Nap., Faimesiaria, fasc. 55 .
2. Lettre de Scotti au duc de Parme, 20 janvier 1720 Arch. Nap., Farnesiana,
t'asc. 55 et G4).
rance que la Reine, le roi d'Espagne et leurs enfants ne penseraient plus à revenir en France, au cas où la succession de Louix XV serait ouverte. Comment, mieux que par leur confident disgracié, obtenir cette assurance ? Pour déterminer Alberoni à parler, Dubois lui envoya à Perpignan un de ses anciens compagnons de l'armée d'Italie, le chevalier de Marcieu, « fort poli, fort dans sa main ». La cour d'Espagne avait demandé pour le cardinal un passeport à travers la France : Le Régent fit plus qu'on ne lui demandait, il lui accorda une escorte pour le protéger, sinon pour lui rendre honneur1.
De Perpignan à Narbonne, à Montpellier, Nîmes, Arles, Aix, .Marseille, Toulon, Fréjus et Antibes où le cardinal, au bout de dix-huit jours, s'embarqua pour la rivière de Gènes, son voyage fut pour les populations du midi un événement :1a foule entoura son carrosse, son hôtel, jusqu'à le suffoquer parfois. Les conversations d'Alberoni avec son guide, aussi boutonné qu'il était lui avide de parler, nous ont été conservées. Il « était hors des gonds contre l'Espagne ; piqué au vif de la noirceur des injustices dont il était victime, de l'ingratitude de la Reine ». 11 dépeignit au naturel le couple royal, « ce Roi opiniâtre et d'un instinct tout animal à qui il ne fallait qu'un prie-Dieu et les cuisses d'une femme», cette Reine, astucieuse, violente, capable de tout employer pour en venir à ses fins. 11 leur donna même « des épithètes trop fortes pour des têtes couronnées ». C'était leur faute, si malgré ses avis, la guerre avait été entreprise et poussée à outrance.
En échange de ces confidences et de l'offre qu'il fit à Dubois de le servir à la cour de Rome, Alberoni le priait de l'aider à s'y refaire une vie nouvelle, à s'y constituer un parti, à y devenir Pape, « malgré son âge trop peu avancé et la réputation qu'il a de n'être pas un sot ». De tout ce qu'il avait conquis depuis plus de dix ans en Espagne, des faveurs que son dévouement aux Farnèse lui avaient procurées, la pourpre cardinalice était, dans
1. J'abrégerai Le récil <!<• ce voyage <i"i a été déjà fail par V. Papa, VAlberoni <■! lu Sua dipartitura di Spagna, Turin, 1876, p. 103, d'aprèé le Journal de de Marcieu, donl cet auteur a public les Lettres, en partie produites déjà par Lemontey, I, p. 234.
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sa disgrâce présente, la grande ressource de cette volonté qu'aucun coup du sort, même le plu> rude, ne pouvail abattre1. Sa rancune contre Elisabeth Farnèse el Philippe V <[ui lui devaient la royauté et la couronne, ses souffrances d'une blessure encore vive et cuisante ne l'empêchaient pas de penser, malgré tout, à l'avenir et de le préparer.
Ce n'était pas sans doute avec le dessein, ni l'envie d'encourager ces espérances que le duc d'Orléans lui avail donné une escorte d'honneur et un guide aimable, mais il se réjouissail <lr le savoir aussi animé contre les souverains espagnols, el préoccupé par vengeance de rejeter entièremenl sur eux toutes les responsabilités <1<; sa disgrâce. Il avait ainsi la certitude que leur brouille était définitive, que. furieux, le cardinal ne servirait plus en Italie la politique de l'Espagne el ne serait plus un obstacle à la paix. Battu, humilié, privé pour jamais de son ministre, Philippe V se verrait forcé de sacrifier son orgueil el ses ambitions. Dubois n'eut plus à se préoccuper d'Alberoni que pour l'empêcher de mettre son activité au service de l'Empereur.
« Il faut faire pont d'or à ses ennemi- disait l'abbé en réponse au vœu du cardinal qu'il allait bientôt, par une même fortune, retrouver dans le Sacré Collège2. La guerre qu'on avaif menée contre Alberoni à Paris et à Londres était finie, bien finie, du jour où le roi d'Espagne eut consenti, sur les instances «le la cour de Parme, à se priver, à priver son royaume de l'administrateur qui leur avait fourni les moyens de restaurer la puissance espagnole.
Après avoir si longtemps soutenu et défendu Alberoni, Philippe V fut le seul parmi les souverains d'Europe à le poursuivre de sa rancune, par crainte surtout des vengeances qu'il le savait en droit et à même d'exercer après tant d'injustices. Le cardinal n'avait pas quitté la terre de France, qu'il ne dissimulait pas son dessein de publier une lettre au roi d'H>pagne
1. Pour t * < 1 1 — ces détails, Voir L'édition du Journal de il»' Marcieu.
2. Voir notammenl la correspondance échangée entre Boissimène et l'abbé Dubois de janvier à octobre 1720 A. I I l: . Esp., Supplément, t. 50). — Lettre de Dubois A Stair, 10 décembre 1719, et enfin Lemontey, Histoire de la Régence, [, p. 234.
sur l'entreprise et la poursuite de la guerre, qui devait contenir toutes les preuves utiles à condamner le souverain, à justifier le ministre. Au chevalier de Marcieu, il montrait sa correspondance avec le duc de Popoli depuis le début des hostilités, qu'il avait emportée. Il n'avait pas de peine à le convaincre que lui du moins n'avait pas voulu la guerre et n'aurait pas dû être la victime de la paix. L'effort obstiné des souverains espagnols contre la simple menace de ces révélations achevait de justifier Alberoni. Eux seuls et les Farncse avaient intérêt à ce qu'il fût et demeurât une victime.
Parti d'Antibes, à la fin de janvier 1720, sur une galère que la République de Gênes lui offrait avec sa protection, le cardinal en disgrâce trouva au port, à Sestri di Levante, des ordres menaçants du Pape : on lui interdisait, malgré les bulles d'investiture de l'évêché de Malaga, de se faire consacrer évoque. Sentant l'orage prochain, il écrivit au ministre de Parme, à son ami Rocca, pour demander asile et protection aux Farnèse. La réponse ne fut guère rassurante : tout ce que le duc de Parme lui laissait espérer, c'était un sauf-conduit pour traverser, et le plus vile possible, ses Etats1. A cette heure critique, la seule faveur du prince, à qui il s'était dévoué depuis vingt ans au prix de mille fatigues et jusqu'à compromettre sa fortune, fut de ne le point faire arrêter sur le champ, à la demande de Philippe V.
Le 24 février 1720, un envoyé du Pape apportait au doge de Gênes un bref pontifical et une lettre de son compatriote, le cardinal génois Imperiali, qui réclamaient avec instance l'arrestation d'Alberoni et son internement au Castel Sant'Angelo. L'exigence parut d'abord un peu forte à la République qui, pour procéder à cette injustice, demanda des raisons à son tour, se contentant d'abord de mettre en surveillance l'ancien ministre
1. Lettres d'Alberoni A Rocca,2et 17 mars 1720, de Se>iri<li Levante, envoyées par un ami sûr, p. 644 (Arch. Nap., Faimesiana, fasc. 64 . — Voir aussi les doeùv ments manuscrits du chanoine Bertamini, .'uni d'Alberoni, conservés ;'i la Casa Lucca, à Fiorenzuola, à moi communiqués par l'abbé Bersani, en 1890, à Plaisance, par exemple une lettre d'Alberoni du ?'J décembre 1719 à Bertamini, pour lui annoncer son intention de s'établir à Sestri di Levante sous la protection i\o> Génois, puis une lettre de Monti, de Bologne, à Bertamini, le 29 iuillet 1720.
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d'Espagne. Les raisons arrivèrent, le 2 mars, par le père Manuri qui avait fait diligence pour s'en pourvoir à Rome : le Doge el le Conseil les jugèreni insuffisantes. Ils le déclarèrenl formellement, par une lettre du 11 mars, au Saint-Siège el à l'envoyé d'Espagne, le marquis de Saint -Philippe chargé d'appuyer vivement la requête du Pape.
Le cardinal avait eu la bonne fortune de compter de nombreux amis dans le Sénat génois. Grâce à eux, il échappa au procès que lui préparait, à la demande de l'Espagne ei par les intrigues du cardinal del Giudice disgracié autrefois sur son ordre, la cour de Rome. Décidément, le roi d'Espagne et Clément XI perdaient l'occasion d'établir par preuves fournies aux tribunaux qu'Alberoni avait trahi la Religion catholique et la chrétienté en détournant pour la guerre italienne les fonds et la flotte de la croisade, en négociant avec le Turc, en diminuant les revenus espagnols de la Papauté. Philippe V se voyait surtout impuissant à ressaisir les papiers d'État précieux, bien vite expédiés par le cardinal à son ami le chanoine Bertamini, et refusés par la République à ses instances.
A ce moment, comme pour défier ses ennemis, et toujours prêt à prendre contre eux ses mesures, Alberoni se mit à rédiger et répandre dans le public, sous la forme d'un mémoire justificatif au cardinal Paulucci, son réquisitoire contre Elisabeth Farnèse et Philippe V. Après cette vengeance, il allait disparaître, pour se mettre en sûreté. Par quel moyen avait-il obtenu de l'Empereur et de son lieutenant, à Milan, le comte Colloredo, un sauf-conduit qui lui permit de se cacher au mois d'avril en Lombardie, à Orero, à Cassano, et près de StafTora jusqu'au 13 octobre 17*^0? Quelle fut alors sa vie, dont le secret échappa plus d'un an à la haine de ses persécuteurs, pendant cette course de cachette en cachette, avec la police de tous les souverains à ses trousses? On peut assurer qu'il n'y eut pas, dans toute son existence traversée par tant d'orages, de période plus mouvementée et plus critique. Le marquis de Saint-Philippe, l'envoyé d'Espagne le fit poursuivre sans relâche. L'agent de l'Angleterre à Gènes, Davenant, mit tous ses espions à sa recherche. Le Régent envoya de France le fameux Boissimène, qu'Alberoni