‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 19 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Rocca, septembre à novembre · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Rocca, septembre à novembre

ligue avec les autres de vous taire1. » L'abbé a tremblé de peur aux dangers que court l'Italie, privée de Vendôme. Plus que jamais, il déplore les malheurs de la Lombardie, de son pauvre Mantouan désolé par la guerre et par l'inondation-. Le cœur lui « saigne » lorsqu'il apprend, à la fin de 1706, l'invasion du Parmesan par les bandes prussiennes. De la frontière éloignée où le devoir autant que l'ambition l'a placé, il suit de semaine en semaine, comme s'il était encore à Mantoue ou à Parme, les progrès des Allemands dans la vallée du Pô, escompte les efforts des Français, les victoires du duc d'Orléans3.

De ce qu'Alberoni s'est fait une philosophie du malheur, il ne faut pas conclure qu'il n'en a pas ressenti l'atteinte. On peut avoir du cœur et se faire une raison. Les consolations d'ailleurs qu'il trouve et prodigue à ses compatriotes sont assez élémentaires. « Il faut que le bon Dieu soit en colère contre nous. Adorons ses décrets. » Est-ce résignation chrétienne, ou plutôt ce fanatisme naturel au paysan dont les grêles, les gelées, la sécheresse, la guerre enfin anéantissent l'effort, et qui, courbé sur sa terre, laisse passer l'orage inévitable, puis, sans compter, reprend l'ouvrage interrompu, résigné et tenace? Hasards que ces maux envoyés par la force secrète qui gouverne le monde; d'autres hasards, heureux, viendront. La part de la chance dans la vie de l'abbé avait été jusque-là trop grande pour qu'il n'eût point appris à se résigner et à espérer. Il se console en agissant. Il interroge le ciel politique, et retourne à sa tâche quotidienne, dans l'attente des jours heureux qui le paieront de sa peine. « Le bon temps arrivera après le mauvais. »

Depuis son arrivée en France, il n'a pas quitté Vendôme. Loin de l 'arme, il sert plus que jamais au général et à ses amis d'intendant. Rappelés à la hâte, les Français avaient laissé, au delà des Alpes, des bagages, des objets d'art. L'abbé écrivait aux entrepreneurs de transport, à la maison Sordi de Mantoue, aux banquiers pour régler leurs comptes en douane, et leurs affaires.

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