‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 20 sur 189 · Ibid., et toute la fin de · texte numérisé non relu

Ibid., et toute la fin de

Il réclamait les tableaux achetés à des artistes italiens1. Son intimité croissante avec Vendôme doublait alors sa besogne: il parut bien qu'il était pensionné par le général et par la cour pour faire office de secrétaire, de correspondant entre Versailles et l'armée. Campistron, le secrétaire en titre, écrivait très mal des dépêches indéchiffrables. Alberoni le suppléa. Il ordonnait aussi les réceptions de Vendôme, avait en échange l'honneur d'y assister, se mettait pour des Altesses électorales de Bavière ou Cologne, en frais de cuisine ou d'esprit : saucissons de Bologne « sans ail », soupes au parmesan, avec quelques bonnes histoires lombardes pour la sauce"2.

Au service du général, où il était entré plus complètement, il arrivait presque à s'identifier avec lui, épousait ses rancunes, répétait ses critiques. Ce qu'on lui apprenait sur l'Italie, depuis leur départ, était la faute de Louis XIV. Pourquoi n'avait-on pas écouté les conseils de Vendôme. « L'homme naturellement est un mauvais animal. Il est souvent sans raison, de sorte que pour le rendre raisonnable, il faut le punir. Le prince qui récompense et ne punit pas fait de mauvais sujets. Marsin, qui allait perdre l'Italie après avoir perdu l'Allemagne, aurait dû être châtié et non employé. » C'était l'avis d'Alberoni, puisque c'était l'opinion « de son colonel3 » et parfois le sujet de leurs entretiens. Il savait ramener souvent la conversation à l'Italie, occasions excellentes de ne pas laisser oublier à Vendôme la cour de Parme, de lui transmettre les souvenirs et les éloges, qui devaient entretenir le duc dans des dispositions favorables aux Farnèse. Les misères du duché de Parme et les mérites de son souverain venaient ainsi chaque jour de très loin aux oreilles de Vendôme : Alberoni sollicitait sa pitié, lui disait les espérances que l'Italie fondait sur lui. Puisqu'il était impossible d'éviter les maux présents, un jour viendrait peutêtre où, avec l'aide des Bourbons et de leur général, ces maux seraient réparés.

A cette diplomatie, italienne moins par sa nature que par son

1. Lettre d'Alberoni à Rocca. 9 août, 4 octobre, 28 octobre, 17 décembre 1701».

2. Lettre d'Alberoni à Rocca, 25 octobre 1706 ; de Mons, p. 37.

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