Ibid., ihid
objet, Alberoni employait comme auxiliaires tous les Italiens, qu'il trouvait à l'armée de Flandre : le Florentin Albergotti, lieutenant général déjà ; le Bolonais Monti, colonel du Royal italien ; les deux Boselli, qui servaient la France ou l'Espagne. Il défendait leurs intérêts auprès de Vendôme, à la cour de France,, procurant à l'un une faveur, à l'autre sa protection, à tous des témoignages de la patrie absente1. En retour, leur nombre, leur influence à l'armée contribuaient à entretenir parmi les Français le goût et le souvenir de l'Italie.
Lorsqu'à la fin de 1706 les troupes se répartirent dans leurs quartiers d'hiver, Alberoni regretta certainement de n'avoir pas eu en Flandre le spectacle et la nouvelle à donner d'une belle victoire. Marlborough s'était tenu sur la défensive, au grand désespoir du général, qui avait reçu de la cour carte blanche et pris ses dispositions pour livrer bataille2. L'abbé n'avait cependant perdu ni son temps ni sa peine, ayant fait apprécier aux Français son zèle et son mérite.
Après une inspection de quinze jours sur la frontière, Vendôme l'emmena en décembre à la cour, à Versailles3. L'abbé demeura trois mois sur un pied d'égalité dans la société de princes du sang, de financiers et de gens de lettres qui fréquentaient au Temple. Le printemps venu, il fut de toutes les fêtes qui se donnaient dans les châteaux luxueux de cette aristocratie d'esprit ou d'argent. C'était Berthelot de Duchy, frère de Pléneuf, intime ami de Vendôme et de l'abbé, qui les recevait à Belesbat, près de Fontainebleau, pendant les jours gras ; réception fastueuse dans un cadre charmant4 : « Les eaux et les bois en sont admirables, a Anet, où la compagnie s'en fut après à la suite de Vendôme, semblait créé par un artiste de la Renaissance, justement pour ces princes qui continuaient, dans les dernières années d'un grand règne très différent, la> tradition de leurs ancêtres du xvie siècle, libres, débauchés, avec le goût des lettres et de l'art. On voyait le Dauphin, la
1. Lettres d'Alberoni à Rocca desO septembre 170i*>, Sdécembre 1706, 20 mai 1707.