Lettre d'Alberoni à Rocca, 17 décembre 1706, p. 4L
avait formé le projet de décharger les Farnèse de son propre entretien. « J'espère à l'avenir n'être pas incommode à mon prince. C'est un mystère qui sera bientôt éclairci. » Il négociait à Versailles, avec l'aide de Vendôme, un supplément de pension qui lui permît de servir ses maîtres auprès des Bourbons, aux frais de la France1. Le projet qui aboutit un an plus tard faisait honneur à son génie inventif : s'il avait à ce prix abandonné les Farnèse, ce n'eût été que calcul personnel ; mais de leur procurer, sans bourse délier, l'alliance du premier Etat de l'Europe, c'était une trouvaille dont on attendit à Parme la nouvelle impatiemment.
Pour faire prendre patience. Alberoni chanta les louanges de la France, qu'on croyait abattue par sept années de guerre, vanta ses ressources. Toute sa vie il a été bruyant, vantard. Vanité à part, il sait qu'il faut auprès des grands se faire valoir, étaler son programme pour qu'il soit apprécié. En toutes ses entreprises il aura toujours ce ton. Ce qu'il dit de la France, il le dira plus tard de l'Espagne, quand elle deviendra l'instrument de ses espérances : « La France est encore en état de mordre, si elle veut. » Et alors d'énumérer, le 26 mars 1707, les armées qu'elle doit mettre en ligne : 100 bataillons et 260 escadrons à Vendôme qui va partir au début d'avril ; 45,000 hommes pour le Rhin ; en Espagne, outre les troupes de Berwick et de Noailles, 60 bataillons, 150 escadrons pour le duc d'Orléans ; en plus l'armée de Tessé en Provence ! Conclusion : il fait bon être l'ami d'une puissance qui n'a tant d'ennemis à combattre que parce qu'elle est très forte2. Encore quelque temps, et la crise décisive qui se prépare, si elle donne la victoire aux Bourbons, paiera les Farnèse de leurs dépenses et Alberoni de ses peines.
L'abbé partil plein de ces espérances pour la Flandre, un peu plus tard qu'on ne l'avait prévu, el demeura à .Mons jusqu'à la fin de mai 1707. Le printemps, plus lent à venir dans le nord qu'en Italie, faisait attendre les fourrages et l'ouverture de la campagne. Enfin, le 21 mai, l'armée de Vendôme quitta Mons pour occuper les positions d'Eslines, de Sombref, de Gembloux,