Ibid., p. 50, 51, 52, 53, 55 e
certains régiments de Savoie s'installèrent chez les Farnèse comme en pays conquis.
A ces nouvelles, le cœur d'Albcroni saignait. 11 apprenait que le général Daun, le défenseur de Turin, venait d'installer les Allemands dans le royaume de Naples, et que le pape y avait consenti. La politique faible et contradictoire de la Papauté qui manquait à son devoir envers l'Italie irritait Alberoni : l'homme d'Église en lui n'était rien auprès du patriote1. Ses révoltes allaient jusqu'à des propos comme ceux-ci : « Pourquoi donc relever la qualité de Prince temporel s'il n'est pas capable de défendre ses sujets? Il n'a jamais donné aucun signe d'être capable d'être Pape. Il n'a qu'à aller dire des messes, chanter des homélies et visiter des églises... Eh! mon Dieu, conclut-il, en voilà assez de la birba spirituelle, de la canaille ecclésiastique ! Vous direz que je parle en homme de guerre. »
Ni soldat ni homme d'église : la figure d'Alberoni achevait de se dessiner, à travers toutes ces vicissiludes de la guerre entre les Bourbons et les Habsbourg. Diplomate, il avait mis toutes ses espérances sur le succès des uns pour délivrer l'Italie des autres. Plus joueur peut-être encore que diplomate, mais joueur en vue d'une fin élevée, le salut de son pays, il attendait la chance favorable en s'irritant contre les hommes et les accidents qui chaque année la reculaient. Religieux, il aurait remis cette cause sainte aux mains de Dieu; soldat, à la fortune des batailles; diplomate, il eût calculé la passion et la valeur des hommes. Entraîné dans la partie qu'il avait entreprise, il se moquait au fond de Dieu, des prêtres et des hommes. « Il faut voir comme le monde se gouverne. Le bon Dieu se sert des hommes comme des marionnettes. » A l'affût des événements heureux et malheureux, l'échec du duc de Savoie en Provence, l'apparition de Charles XII, salué d'abord comme un grand général, méprisé quand il « va chasser les mouches en Saxe », Alberoni suivait avec angoisse cette partie, comme si l'Italie seule en était l'enjeu.
Que l'intérêt, le profit ou la chance aient été, comme on l'a