Lettre d'Alberoni à Rocca, 2 septembre 1708, p
2. Le duc de Parme écrit, le s mai l"i>7, m son ministre le marquis Mischi pour qu'il invite Alberoni à se procurer l'argent dont il a besoin du roi de Franco: t après tout c'esl 1 intérêt des Bourbons que les places de Parme restent neutres «.
moder en rien son maître1 ». Ce n'étaient ni la conduite ni le langage d'un ambitieux vulgaire.
La fortune alors lui souriait ; distingué par un grand roi, il se voyait introduit par Vendôme dans le cercle des princes et des grands seigneurs qui faisait à Louis XIV un cortège vraiment royal. L'électeur de Cologne l'invitait à ses messes, ;i sa table où « il y avait de quoi nourrir le corps et l'esprit ». Le roi d'Angleterre, Jacques III l'admit à ses baise-mains de Marly. L'honneur était grand ; le roi était encore le héros du jour, il allait s'embarquer pour l'Ecosse. On citait ses propos : « Un roi sans royaume est un apothicaire sans sucre. » L'abbé les répétait. Il étudiait, il calculait les chances de l'entreprise avec le chef qui allait la diriger, le hardi Forbin, rencontré chez son oncle le cardinal Forbin-Janson2. Maillebois, fils du ministre Desmarest, recevait Alberoni à sa table pour lui décrire les ressources d'une administration financière qui avait permis à Louis XIV cette diversion en Angleterre. De ces fréquentations si honorables, Alberoni ne tirait pas vanité pour lui-même II était simplement heureux de l'accès qu'elles lui donnaient aux grandes affaires, dont dépendrait en dernier analyse le sort de son pays.
Tandis qu'il s'élevait, il se retournait chaque semaine vers le duché de Parme, ses amis, vers les Farnèse et sa patrie. Jamais il ne manqua d'envoyer ses souvenirs et ses vœux au premier auteur de sa fortune, l'évêqueRoncovieri3, aux seigneurs qui l'avaient accueilli jeune et inconnu, Malpeli, le gouverneur de Plaisance, le père Santi, les ministres Gazzola, Rocca, SanSeverino, Scolli*. A tous il rendait service comme à l'Etat. 11 procurait à leurs fils des grades dans l'armée française, des faveurs à leurs protégés. Il envoyait à Rocca des tapisseries flamandes « d'une beauté enchanteresse », sur le dessin de Teniers, des toiles fines, du linge de table5.
On comprend s'il fut alors mécontent d'apprendre que le duc de
1. Lettre d'Alberoni à Mischi, 11 janvier 1708, de Versailles (Archivio çjovernaiiva di Parma).