Du camp de Lovendeghem, 15 juillet 1708, p. 74 et
5. M. de Boislisle, au tome XVI, p. 75 et suivantes, a donné tous ces passages et a joint dans les notes ou à l'appendice V, ou encore aux additions et corrections toutes les pièces nécessaires à cette discussion. Il importe, pour en fixer le point de départ, de noter que les généraux Saint-Hilaire et Bellerive, l'un plutôt défavorable, l'autre favorable à Vendôme, s'accordent à dire que le 5 juillet ce fut contre l'avis du généralissime que le duc de Bourgogne abandonna la ligne de la Dender et se retira sur l'Escaut, ce qui était une première façon de
Vendôme s'est-il ou ne s'est-il point laissé surprendre par Marlborough, au lieu d'occuper sur la Dender une position meilleure, c'est le premier point, et la cause de tout le désastre, selon Saint-Simon, toujours disposé à prendre ce bâtard en flagrant délit de paresse? Alberoni répondit que son ami avait conseillé d'occuper la Dender et ne fut pas écouté : «-A qui, s'écriait Saint-Simon, l'abbé espère-t-il faire croire que Vendôme n'était pas obéi du duc de Bourgogne, des maréchaux de Puységur ou de Matignon ? En quelle armée en a-t-on vu dont la voix fût prépondérante à celle du chef d'armée ? » Croirons-nous, en effet, Alberoni? Dans une lettre intime à son ami Rocca, il disait : « Il y a trop de gros seigneurs et trop de courtisans, perte des princes et de l'Etat. Il a trop de mesures à garder pour faire bien suivre ses sentiments. » Le général en chef était sans cesse contredit, cela est certain. Saint-Simon raconte lui-même qu'un peu plus tard Biron ayant reçu l'ordre d'attaquer, Puységur et Matignon l'en empêchèrent. Oui donc alors commandait? Puisque Saint-Simon se réfute lui-même, on est tenté de croire celui qu'il prétend réfuter.
Venons à l'attaque elle-même. Elle fut mal engagée, trop tard : par la faute de qui? Selon Saint-Simon, par la négligence de Vendôme, qui, le 10 juillet, à quatre heures du soir, refusa au duc de Bourgogne une action immédiate, et qui, le 11, malgré les avis de Biron, la retarda encore jusqu'à quatre heures de l'après-midi. Alberoni dit simplement qu'à dix heures du matin son général voulut engager la bataille, qu'il ne fut encore pas écouté et qu'à quatre heures, un ordre parti de l'aile commandée par le duc de Bourgogne mit aux prises les deux armées. « C'est un moyen, riposte Saint-Simon, de cacher l'imposture par l'audace et l'air de simplicité. » Oui est plus croyable sur ces faits, d'Alberoni ou de Biron, de Puységur et de Matignon, acteurs principaux dans le fait dont il s'agit? Saint-Simon n'hésite pas à croire Biron*, il affirme avec lui que Vendôme ne sut pas avant quatre heures, ci par Biron, l'approche des ennemis, qu'Albe-
retraite. Sans cette faute, Marlborough ei Eugène auraient hésité à passer la
Dender i r se porter sur Oudenarde. La prétendue paresse de Vendôme n'était
manifestement qu'une résistance voulue à ce recul sur l'Escaul.
ALBERONI Eï VENDOME EN FLANDRE 41
roni a menti en parlant de dix heures du matin ' et menti en attribuant l'attaque à un ordre donné par le duc de Bourgogne lui-même à la fin de cette journée. Autrement « qu'aurait donc fait son héros, conclut-il, de dix heures jusqu'à quatre heures après-midi ? Voilà six heures d'une singulière patience et un prodigieux temps perdu que l'apologiste ne remplit de rien ». Cet argument découvre justement l'auteur véritable de la faute, Biron, dont Saint-Simon a eu le tort, et peut-être le mauvais goût d'invoquer le témoignage.
Depuis le 10 au soir, ce lieutenant général détaché prudemment de l'armée avait reçu l'ordre de rallier un corps avancé et de marcher après l'avoir rallié. Il avait douze heures pour le rejoindre, si la bataille s'engageait au matin. L'opération n'aboutit qu'à deux heures de l'après-midi, le lendemain. En vain, pour justifier son ami de ce retard, Saint-Simon invoque-t-il le temps qu'il fallait pour prévenir ce corps, le rallier. Etait-il donc si loin qu'informé la veille au soir Biron ait dû y employer presque toute la journée du lendemain. Il était deux heures quand il revint : pour rattraper le temps perdu par sa faute, Vendôme lui donne l'ordre d'attaquer bien vite. Il n'en fait rien et désobéit, encouragé par Puységur et Matignon. Ne voilà-t-il pas l'emploi des six heures dont on demande compte à Alberoni? Négligence et désobéissance expliquent ce retard : Biron et les maréchaux en sont responsables. Doit-on accepter leur témoignage, parce qu'ils étaient acteurs? A ce compte, de mauvais acteurs qui par leur faute font siffler un auteur seraient meilleurs juges du mérite de cet auteur qu'un spectateur, fut-il son ami?
La suite du drame s'explique si bien alors : le duc de Bourgogne a entendu Vendôme donner l'ordre à Biron d'attaquer. Il a aussitôt transmis à Grimaldi le même ordre. Et comme Biron resta deux heures immobile, l'aile gauche de l'armée fut seule engagée; Biron y courut, puis Vendôme à son tour, étonné que le petit-fils du roi eût lancé un ordre d'attaque sans soutenir les troupes engagées par lui-même. On l'avait encore retenu par
1. C'est cependant ce que disent tous les témoins, Saint-Hilaire. Bellerive cités par M. de Boislisle. Il est évident que Saint-Simon a adopté un seul témoignage, celui de Biron, et qui parait suspect.
de mauvais conseils, sous prétexte qu'entre lui et l'ennemi setrouvait un marais impraticable, que traversa très aisément Vendôme. C'est le reproche d'Alberoni. Saint-Simon le réfute, mais faiblement : il invoque « l'obstacle du ravin » . C'est donc un fait indiscutable que le duc de Bourgogne ne bougea point. —
Ainsi voilà une bataille engagée à quatre heures du soir, quand elle aurait dû l'être le matin, au plus tard à deux heures, compromise par la faute de Biron, puis par une méprise du duc de Bourgogne qui lançait son aile gauche et ne la soutenait pas. « Vendôme, je cite Saint-Simon, ivre de dépit et de colère, voit sa poignée de troupes avancée, exposée seule à toute l'armée ennemie, et sans songer à ce qu'il veut entreprendre, enlève ce qu'il trouve sous sa main, va à perte d'haleine, les fait donner d'arrivée, de cul et de tête, sans ordre et sans règle, n'a pas le tiers de son armée, puisque, de l'aveu de tous et du sien même, la moitié n'était pas arrivée la nuit au lieu du combat. Nul ordre cependant de M. de Vendôme, nulle ressource de sa part que sa valeur. »
Tel fut l'engagement d'Oudenarde : « Vendôme y commandait seul. Toutes ces fautes ne se pouvaient mettre sur le compte de personne», conclut Saint-Simon-. Il faut conclure avec Alberoni que les grands seigneurs contrarièrent ou n'exécutèrent pas les ordres du général, et que son courage, reconnu par Saint-Simon même, sa fermeté, son sang-froid empêchèrent l'affaire de tourner à un désastre total : « Je le jure sur mon Dieu et sur mon honneur, écrivait l'abbé à ses amis de Parme, je deviens fou quand j'y pense2. » Le témoin qu'invoque contre lui Saint-Simon, Biron, est suspect, puisqu'il était coupable. Le témoignage et le serment d'Alberoni valent mieux.
« Il n'y a que la retraite qui a donné l'avantage à nos ennemis », ajoutait-il quatre jours après3. Vendôme, le soir même de l'engagement, disait que ce n'était point une défaite, que l'armée, rassemblée pendant la nuit ou au petil jour,. à peine