Lettre d'Alberoni â Rocca du 6 aoûl 1708, p
2. Lettre du 12 août 1708, p. 79. — Dangeau, dès le 11 août j>. 199) s'attendait ;ui siège de Lille. Alberoni lui-mémej te 1? août, écrivait à un de ses amis, Boselli, dans ce sens également \mii. Nap., Farnesiana).
3. Lettre d'Alberoni â Boselli citée par A. Professione, Giutio Alberoni^ Verona,
I Lettre d'Alberoni à Rocca, p. 80.
commencer cette opération, il avait dépêché Alberoni, son homme de confiance, à Versailles, pour exposer son plan à Chamillart, et le faire approuver du Roi, en temps utile. Du 2 au £ septembre, il rencontra chez le duc de Bourgogne la même timidité encouragée par les conseils de Berwick, qui, furieux de ne pas commander en chef, faisait à son supérieur une opposition sourde. Point d'attaque possible, quand elle aurait pu être favorable f. L'armée demeura quatre jours immobile. Vendôme demanda au Roi son rappel. Le 7 septembre, le ministre de la guerre accourait de Versailles en poste au camp de Mons-en-Puelle remettre l'ordre de la part du Roi dans le commandement, faire rentrer Berwick dans le devoir (9 sept. 1708) 2. Il ne s'agissait de rien moins que de rendre à Vendôme les moyens de sauver Lille.
Vendôme essaya : franchissant la Marque, il s'installa le 10 septembre à Pont-à-Marque et fit ouvrir, le 11 septembre, le feu contre les retranchements que Marlborough avait bien vite élevés à Ennetières pour se couvrir. Pendant deux jours, cent pièces de canon bombardèrent sans relâche cette forteresse improvisée et ne l'entamèrent point. « On n'y pouvait plus attaquer l'ennemi qu'avec la certitude morale d'être battu. L'ennemi avait profité du temps qu'on lui avait donné. »
L'opération était manquée : en vain Saint-Simon voulut-il encore accuser Vendôme de l'avoir fait manquer à dessein, pour en rejeter la honte sur le duc de Bourgogne. Il s'est trahi comme toujours. Pourquoi rapporter cet entretien de la duchesse et de Louis XIV qui nous découvre la pusillanimité de la jeune cour ? Tandis que le vieux Roi se réjouit de voir ses armées réunies, et de la perspective d'une attaque bien préparée pour sauver Lille : « Et les princes vos petits-fils? J'en suis triste et en peine », lui répliqua la jeune duchesse dont le courage ne valait pas celui
1. Saint-Simon (éd. de Boislisle, t. XVI, p. 303, 306), raconte comment à VeiV sailles, avec quelle impatience, on attendait l'engagement décisif. De Sourches le dit également, p. 171.
2. Alberoni à Boselli, 10 septembre 1708, de Mons-en-Puelle (Akch. Nap., Farnesiana) — « Les ennemis, dit-il à Rocca, le 13 septembre, ont profité du temps qu'on leur a donné. » — Saint-Simon, éd. de Boislisle, XVI, p. 315 et suivantes.
de sa sœur, la reine d'Espagne1. Qui ne sent que ces propos répétés à l'armée firent perdre Lille, pour sauver les princes? Alberoni, qui exprima ce sentiment et le regret de son patron, n'était point aveuglé par l'amitié. Il avait compté sur la puissance des Bourbons; il n'avait pas compté sur leurs fautes. 11 excusait Vendôme, qui méritait de l'être, après avoir souhaité qu'on le laissât faire : « on lui avait donné carte blanche », mais trop tard. Encore une campagne qui allait être inutile et peutêtre funeste.
On ne put du moins reprocher au général, qui avait rêvé une autre gloire, d'avoir tout fait pour éviter un dénouement fatal. Alberoni, dont le sang-froid, malgré les déceptions, valait celui de son protecteur, le vit se porter le 20 septembre à Ostende, à Neuport, à Ypres, et l'y suivit sans relâche, laissant le duc de Bourgogne au camp de Saussoy près Tournay. En deux semaines, toutes les communications de l'ennemi avec la mer furent coupées, de manière que les Alliés, si Lille tenait bon, se trouvassent à leur tour comme assiégés dans leurs retranchements 2. Il ne leur restait plus pour se frayer une route et se ravitailler que le poste de Leffingen : Vendôme l'enleva hardiment le 25 octobre. Ce fut la seule victoire qui lui fut permise3. Huit jours après une attaque de goutte l'immobilisait au camp de Saussoy. Ses derniers efforts restèrent sans influence sur le siège de Lille. Boufflers et le chevalier de Luxembourg, qui avait réussi à se jeter dans la ville avec 2,000 hommes, soutinrent les assauts de l'ennemi avec bonheur jusqu'au jour où un lieutenant-colonel et ses hommes, surpris dans leur sommeil par une attaque imprévue, s'enfuirent et abandonnèrent aux Allemands la demi-lune. Le prince Eugène était au corps de la place, maître bientôt des chemins couverts, prêt à l'assaut. Louis XIV voulut éviter à cette grande ville les
1. Saint-Simon, éd. «le Boislisle, XVI, p. 326 et suivantes. — Letlres de M"" de Maintenon, éd. Bossange, I, 316, 324. — Fénelon, Correspondance, 1, 278.