Idem, 6 janvier 1709, p
ALBEHONI ET VENDOME EN DISGRACE 5b
place je n'y manquerais pas1. » Plus la retraite pouvait être amère au général, plus devaient lui paraître agréables ces douceurs qui lui rappelaient l'époque de sa vie glorieuse en Italie.
L'éloignement de Vendôme au mois de février 1709 s'accentua. Louis XIV eût voulu l'employer, mais il n'osait plus le réunir en Flandre au duc de Bourgogne à qui la naissance (lovait laisser le dernier mot. On pensa pour lui à l'armée du Rhin : une armée secondaire où on l'aurait laissé manquer de tout pour le discréditera jamais. La cabale était incorrigible; « pour servir un jeune prince incapable, elle aurait amené l'ennemi aux portes de Paris2 ». Puisqu'elle triomphait, au grand regret d'Alberoni, il valait mieux la laisser à ses folies. Vendôme refusa l'armée du Rhin. Le Roi ne lui en voulut pas. A la fin de mars, à Marly il lui fit, quand il vint faire sa cour, un accueil toujours gracieux3. Mais peu à peu, comme les commandements furent distribués pour la campagne de 1709, au duc de Bourgogne et à d'Harcourt sur le Rhin, au Dauphin et à Villars en Flandre, à Berwick en Dauphiné, on oubliait le souverain d'Anet.
Cela parut à ses adversaires le moment de le ruiner à jamais. La duchesse de Bourgogne, cette jeune princesse, courageuse à la cour peut-être, lui fit un affront public à Marly pour l'en faire exclure, et y réussit. Puységur, Saint-Simon, tous les courtisans étaient du jeu : Vendôme s'en retourna à Anet, vers Pâques pour n'en plus sortir, « avec un faux air de philosophie dans lequel personne ne donna », dit Saint-Simon*.
Alberoni l'aida de sa bonne humeur et de son dévouement, à se faire une raison, et de la nécessité une vertu. « Bien heureux celui qui sait prendre un parti ! répétait l'abbé. De bons amis, de bonne cuisine et de la fortune, tout cela ne valait-il pas mieux que des coups de mousquet? Tâchons de nous divertir, et laissons les embarras à ceux qui en ont envie5. » Que ces conseils pratiques aient toujours été écoutés; qu'ils aient guéri Vendôme
1. Voir la jolie lettre d'Alberoni à Rocca, du 3 juillet 1709. p. 107.