Lettre d'Alberoni a Rocca, «lu 28 décembre, p
3. Lettre d'Alberoni à Rocca, «lu 11 janvier 1711 «le voilà au pinacle », et à Boselli de la même date Arch. Nap. . Naturellement Saint-Simon se refusail à attribuer à Vendôme le mérite du succès (éd. de Boislisle, XX, p. 142, 145).
Le général reconnaissant, le chargea, par une délicate attention, de porter la nouvelle de cette glorieuse campagne à la reine d'Espagne, qui de loin à Saragosse suivait l'armée. Elle aussi avait sa part d'honneur dans cet effort heureux; son courage avait soutenu Philippe V, rallié les Espagnols, touché Louis XIV. Dans Vendôme, elle avait pressenti le sauveur de la monarchie; dans Alheroni, le serviteur dévoué qui le lui amenait de France. Le cortège royal allait à la messe quand l'envoyé de Vendôme se présenta aux souverains, le 28 janvier 1711. La Reine s'en détacha pour lui adresser ce salut joyeux : « Eh bien ! abbé Alberoni, me voilà dans une situation différente de celle de Valladolid. Cet admirable et étonnant changement, je le dois à Dieu et à M. de Vendôme. »
L'abbé avait le droit de prendre en partie le compliment pour lui : en lui rappelant les jours sombres et la détresse du mois de septembre, Marie-Louise évoquait ces heures qu'il n'avait pu oublier, où elle l'avait admis du premier coup à sa confiance. Elle l'avait alors chargé de ses instructions dans trois longues conférences, où, devant la princesse des Ursins, lui furent indiqués les moyens d'unir Vendôme et Philippe V, de grouper autour d'eux les dévouements, d'écarter les intrigues. La victoire, complète, rapidement assurée par les plans du général, par la vaillance du Roi et l'entrain des Espagnols disaient assez qu'Alberoni lui aussi avait su remplir sa tâche. Pour bien établir son mérite devant toute sa cour, Marie-Louise, la messe finie, revint aussitôt à l'abbé, l'emmena dans sa chambre, et les conférences entre eux reprirent comme à Valladolid. Après la victoire, l'honneur était plus grand !.
Cet entretien, qui fit éclater la faveur d' Alberoni, ne se passa pas en fades compliments. L'abbé et la Reine avaient mieux à faire : animés par le succès, ils étudièrent sans tarder les moyens de conclure, au printemps qui s'approchait, les belles opérations de l'hiver, « de profiter de la grande bataille ». Vendôme, le 14 janvier 1711, avait fait reposer ses troupes peu de
1. Cette lettre, du '28 janvier 1711 à Rocca, importante pour expliquer la fortune d'Alberoni doit être rapprochée de celle que la Reine écrivit alors à Vendôme (Saint-Simon, éd. de Boislisle, XX, p. 434-435).
temps entre la Sègre et le Lobregat. Mais « c'était un chasseur de loups, qui ne se contentait que la bête une fois soufflée et étranglée par les chiens ». Par Alberoni qui recevait les courriers du duc de Noailles, par Noailles lui-même il sut que l'armée française était à la veille de prendre Girone, et que cette place prise comme elle le fut le 31 ', les deux armées seraient à même de se réunir. Alors il pourrait traquer l'Archiduc, le chasser rapidement de Catalogne, purger l'Espagne des ennemis et la rendre aux Bourbons. Ces espérances flattaient la jeune Reine, qui oubliait, dans l'accomplissement viril de sa tâche, les exigences de sa santé et de son mari, les fatigues d'une nouvelle grossesse. Alberoni, fier et sur de son héros, croyait déjà l'heure prochaine où il le ramènerait triomphant d'Espagne à Versailles. « S'il finit la guerre d'Espagne au printemps, il pourrait bien la recommencer en quelque autre endroit, aller défendre ses Dieux pénates 2. » Après la gloire de Villaviciosa il entrevoyait pour Vendôme celle de Denain, Philippe V restauré, la France victorieuse de la coalition et son ami au pinacle , sous le règne en apparence prochain d'un Dauphin dont toute l'Europe le proclamait déjà le principal ministre.
La condition essentielle de ce programme, c'était l'attaque de la ville de Barcelone où les Autrichiens se réfugièrent le 25 février pour attendre, protégés par le canon des Catalans, les renforts d'Italie. Dès le mois de décembre, Vendôme avait fait part à Louis XIV de ce projet décisif; Torcy l'avait fortement appuyé au conseil, qui ne l'avait point blâmé, Alberoni le lit approuver à la Reine, et déjà ministre sans le titre, il se remit à l'œuvre comme à Valladolid. Il pourvut, pendant le mois de février, aux remontes, aux recrues, à l'habillement : sous son impulsion énergique, tout allait grand train. 11 calculait que l'armée d'Espagne aurait cinquante-quatre bataillons, tous complets, dix mille chevaux, et assez de troupes pour contenir encore les Portugais en Estramadurc. L'armée auxiliaire de Noailles pouvait disposer de
1. Noailles à Vendôme, 25 décembre 1710 de Girone Saint Simon, éd. de Boislisle, XX, p. ut ; Alberoni à Rocca, 14 janvier 1711, p. 132.