‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 48 sur 189 · Lettre dAlberoni à Rocca, p · texte numérisé non relu

Lettre dAlberoni à Rocca, p

3. Voir les textes dans Baudrillart, oav. cité, p. 437 et suivantes.

4. Lettres d'Alberoni à Boselli, Saragosse, 27 mai-28 juin 1711 (Arch. Nap.). — Mêmes lettres à Rocca, p. 149-151, jusqu'au 5 septembre 1711, p. 155.

avait fait honneur et valu la grandesse (25 janvier 1711), ne pouvait malgré tout se comparer à Villaviciosa. C'était un succès secondaire auprès d'une victoire qui avait conservé l'Espagne à Philippe V. Mais, par son mariage, par ses ambitions, de Noailles étail intimement lié au duc de Bourgogne, à Mme de Maintenon, à tout ce monde qui depuis longtemps avait pris l'habitude de paralyser Vendôme, pour l'accuser ensuite de mollesse.

Dès le mois de mars, de Noailles était allé retrouver la cour d'Espagne à Saragosse pour renouveler auprès du Roi et de Mme des Ursins la tactique qui avait réussi autrefois à Versailles contre Vendôme. Quand, après de sages préparatifs, celui-ci se Ha Hait d'achever son œuvre par la prise de Barcelone, de Noailles se fit timide par calcul et, pour lui enlever cet honneur, proposa la conquête, « par morceaux », de la Catalogne. En Tain, le duc répondit-il par de nobles paroles à ces objections intéressées : « Vous avez le courage et la bonne volonté qui sont nécessaires pour exécuter de grandes choses : opposez votre fermeté d'esprit pour résister à tout le monde et à vous-même1. » De Noailles, au lieu d'entendre cet appel, employa le mois de mai à desservir Vendôme et ses projets auprès de Philippe V et de Mme des Ursins2.

Alberoni veillait : de Noailles échoua, et bientôt il allait quitter l'Espagne, non par disgrâce comme on l'a dit, mais de dépit contre cette cour « dont il ne fallait rien attendre de bon », pour se venger à Versailles sur le roi d'Espagne lui-même de l'échec qu'il venait de subir à Saragosse. Avait-il qualité vraiment, « ce jeune présomptueux » comme l'appelle Alberoni, pour se faire auprès de Louis XIV l'accusateur de son petit-fils, quand à cette cour de Madrid perdue, disait-il, d'intrigues, il avait essayé d'ajouter les intrigues de Versailles3 !

Ce fut en grande partie par la faute des Français, trop enclins à faire circuler des calomnies acceptées plus lard comme des vérités, que Vendôme l'ut réduit pendant la lin de l'année 1711

1. Mémoires <!>■ Noailles, p. 236-237; Baudrillart, I. p. 438-439. V. Mémoires de Noailles, p. 241 et 242, et lettres à Torcy, juin-août 1711 A. KTR., Espagne, l. 207 et ;>()8).

3. Lettre d'Alberoni ;"i Boselli, 23 août 1711 (Ahcii. Nap.).

à des opérations insignifiantes. Alberoni quittant, malgré la canicule, le séjour plus agréable de la cour, les suivit et les a racontées. Le général prit d'abord une bonne position à Cervera1, Tarrega, Agramunt et Bellpuig, d'où son armée pouvait rapidement se concentrer sur la Sègre autour de Lerida et faire front à l'armée de Stahremberg établi à Ta use, pour couvrir Barcelone. Gêné sur ses derrières par les miquelets qui, dans les détours des vallées pyrénéennes, inquiétaient ses convois, Vendôme nettoya d'abord tout le pays jusqu'aux montagnes, jusqu'à Venasque. Il mit ce temps à profit pour jeter un dernier coup d'œil sur ses vivres et sur ses munitions. Le 31 août enfin Vendôme allait se placer à la tête de son armée pour prendre de Cervera l'offensive. Son objectif était de faire avant l'hiver le siège de Cardona et de Berga au pied des Pyrénées. Il vint s'établir au début de septembre au camp de Calaf, d'où il tint en respect par un duel d'artillerie Stahremberg établi au Montserrat et à Prats del Rey2. Quand il le vit bien immobile, il fit commencer par ses lieutenants, MM. d'Arpajon et le comte de Muret le 11 novembre le siège de Cardona. L'attaque franche, imprévue, par trois côtés à la fois, au bout d'une semaine (18 novembre 1711) lui livrait d'abord la ville3. Avec des renforts importants venus de France, il pressa le siège de la citadelle. Mais elle tint bon plus d'un mois : l'hiver favorisa la résistance des défenseurs ; les convois de siège dans les montagnes de Catalogne, à cette époque devenaient difficiles. Les troupes souffraient ; le canon s'éventait. L'armée de Stahremberg eut le temps de se porter à Soria, au secours de la place4. On était au mois de janvier 171*2 : Vendôme jugea plus prudent de se replier sur Balaguer et d'y prendre ses quartiers d'hiver5.

1. Ce fut le 30 août que Vendôme s'installa à Cervera (lettres d'AIberoni à Boselli, 5 et 29 septembre 1711, Arch. Nap.). Alberoni l'avait rejoint à Lerida (lettre à Rocca, 29 août 1711, p. 154-155).

2. Alberoni écrit à Rocca du camp de Calaf, le 19 septembre que les deux armées ne sont séparées que par un ruisseau, p. 157.

3. Lettre d'AIberoni à Rocca, 18 novembre, p. 163 et suivantes.

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