‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 55 sur 189 · Saint-Simon, Mémoires, éd. Chéruel, t. IX, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires, éd. Chéruel, t. IX, p

2. Lettres d'Alberoni à Rocca, de Vinaros, 10 et 11 juin, d'Agrada, 26 juin 1712, p. 178 et 179.

Les souverains d'Espagne ne se montrèrent pas ingrats. Ils appelèrent Alberoni pour avoir des détails. Mme des Ursins le pria de se hâter. « Ce fut une scène bien triste. » Le voyage, la chaleur, des accès de fièvre qui arrêtèrent l'abbé à Valence, retardèrent l'entrevue de quelques jours1. Dans cet intervalle, les regrets du peuple espagnol se manifestèrent unanimement. L'écho en vint jusqu'en France : « L'esprit de découragement répandu en France que je me souviens d'avoir vu, écrivait Voltaire quarante ans plus tard, faisait redouter que l'Espagne, soutenue par le duc de Vendôme ne retombât par sa perte. » Philippe V, pour répondre aux sentiments de ses sujets, fit à son sauveur des funérailles nationales . Les valets avaient pris sur eux d'embarquer le corps et de le transporter en France : il fallut qu'Alberoni, sur l'ordre du Roi, envoyât des courriers de tous côtés pour le ramener 2. 11 fut porté à l'Escurial, où Saint- Simon, en 1722, se le fit montrer, « dans le pourrissoir », pour satisfaire sa haine des bâtards et l'insulter une dernière fois 3.

« Vous me demandez, écrivait Alberoni à son ami, quelle sera ma destinée. Je ne saurais vous donner aucune réponse positive. » L'épreave était cette fois trop forte : « Tous les jours, ajoutait-il, je deviens plus inconsolable. » Il avait subi et supporté plus d'un orage : celui-là lui parut la ruine. « Il faut enterrer la synagogue, répétait-il à chaque courrier qu'il envoyait à Parme : voilà où vont aboutir les desseins des grands hommes comme des petits. Cette dernière catastrophe me désabuse du monde tout à fait. Je suis revenu de toute sorte d'ambition 4. »

Pendant six mois, il ne parla plus que de retraite. Il considérait sa vie de Bohémien, les embarras, les peines qu'il avait essuyées et supportées dans l'espoir d'une grande œuvre désormais évanouie. Ce rude travailleur fut un instant pris de peur devant l'inconnu : ne serait-il pas plus heureux de revenir vivre

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