‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 59 sur 189 · I. Louville, Mémoires II, p · texte numérisé non relu

I. Louville, Mémoires II, p

;'. Baudrillart, Philippe i et LouisXIV, d'après les lettres d'Amelot, de M d<'rf i rsins el les relations conservées aux A. ÊTR., p. 283.

ALBEHONI ET MAIUE-LOUISE DE SAVOIE 97

un roi qui pas un instant ne fut inférieur à sa tâche. Au rebours de7 son mari, elle y avait été préparée à Turin de bonne heure par un père, excellent politique, très laborieux qui ne donnait rien aux plaisirs et dont l'unique souci était l'administration de ses Etats et leur grandeur. Victor-Amédée fit du Piémont un royaume et de ses filles des reines.

A Madrid, chargée de la régence pendant l'absence de son mari, âgée à peine de quatorze ans, Marie-Louise commença de gouverner avec une maturité qui surprenait1. Elle était certains jours six heures au Conseil, et le reste du temps en audiences, des semaines sans sortir. Louville, qui ne l'aimait pas, a tracé un portrait délicieux de cette petite reine, présidant la Junte l'aiguille à la main, avec une attention que rien ne pouvait distraire. Impatientée par la lenteur grave des conseillers, elle se contenait, mais elle savait placera propos dans les délibérations le mot juste, la réflexion utile qui les éclairent et souvent les concluent. Elle souhaitait alors que son mari revînt, pour n'avoir plus à travailler ainsi, et pour se divertir-.

Il lui fallut travailler encore pour le divertir lui-même, et de plus le remplacer. Tout concourut à lui rendre cette tâche écrasante, d'abord les assauts furieux que les Habsbourg et leurs alliés donnèrent à la nouvelle monarchie d'Espagne en 1706, en 1710. Bien que deux fois la couronne ait été ébranlée sur sa tète, dans ces deux crises, fugitive à Burgos, à Valladolid, elle avait répété si haut : « l'Espagne n'est pas perdue », qu'elle le persuada à Philippe V, aux Castillans fidèles et, de bien loin, à Louis XIV lui-même. Ce fut merveille de voir cette princesse de dix-huit ans marquer tant de sang-froid et de courage avec tant d'esprit : « Surtout au nom de Dieu, point de fièvre. Il ne sert de se bien affliger qu'à se faire malade. » A son appel, tout ce qu'il y avait d'énergie dans le cœur vaillant de Philippe, dans l'Espagne endormie, dans l'âme du roi de France affaiblie par l'âge et le malheur, fut réveillé, employé, coor-

1. On le note à Madrid dès le début du mariage et on le signale à Versailles; voir notamment les lettres de la princesse des Ursins et de Martin à Torcy en 1702, citées par Baudrillart, Philippe V et Louis XIV, p. 87 et suivantes.

2. Lettre de la Reine à Louis XIV, juillet 1702. Ibid., p. 101.

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