‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 60 sur 189 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

donné J : grâce à la Reine, jamais les Alliés ne purent rester longtemps à Madrid. Et bientôt ils repassèrent la mer. Marie- Louise méritait pleinement, en 1714, l'éloge que lui adressa de France Louis XIV, dès 1706 : « L'Espagne vous met au nombre de ses plus grandes Reines. »

Encore fut-ce la moindre partie de sa tâche que de conserver l'Espagne aux Rourbons, et comme le côté extraordinaire de la mission qu'elle avait acceptée. L'œuvre royale dont elle porta dix ans, sans trêve d'un seul jour, le lourd fardeau, présentait à l'intérieur, de bien autres difficultés. Le courage ne suffisait pas : Marie- Louise devait même — elle s'en aperçut vite — se défier de ce qu'elle appelait sa vivacité naturelle, de son ardeur, de son énergie. Il semblait qu'investie de la délégation tacite de son mari, d'une autorité sans limites comme celle du Roi, elle pût disposer de tous et de tout autour d'elle. Le peuple l'aimait, l'adorait comme la Providence, et le peuple voulait des souverains absolus. L'Espagne, d'autre part, était un pays de grandes ressources, « un arbre vigoureux et robuste, mais où, par un mauvais gouvernement, s'étaient glissés une foule d'insectes uniquement occupés à dévorer les feuilles et les fruits, dès qu'ils paraissaient », disaii Alberoni. « Elle souffre plus, disait le même témoin, du dedans que du dehors2. »

Tous ceux qui ont regardé ce royaume de près, Louville comme Alberoni, ont noté le même mal, une gangrène vieille de plusieurs siècles : par les institutions que ses plus célèbres souverains, Charles-Quint et Philippe II lui avaient données, la royauté, absolue en droit et aux yeux des peuples, était en fait devenue impuissante, enchaînée aux volontés et aux intérêts des grands. « Les rois sont esclaves ici, écrivait Alberoni : en formant les conseils, Philippe II a fait de celle monarchie une république 3. »

La tête de cette république, la forteresse où les grands s'étaient embusqués et enfermaient leur roi, le Conseil d'Elat

1. La Reine à M " de Maintenon, 25 avril 1706; M de Maintenon ;'< M™* des Ursins, 8 juillet 1706. dans Baudrillart, t. I. p. 257, 266 ef suivantes.

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