Desdevises du Dézert, ouv. elle, p. 95 et suivantes
Le Conseil des finances travaillait souverainement aussi à ruiner le Roi et son royaume. Il s'y entendait à merveille, avec une foule de conseils secondaires, chambre des millions, commissariat de la croisade, etc.1. L'impôt, avec ses formes multiples, surannées, était « la mer profonde, la mare magnum qui couvrait tous les abus, toutes les injustices. Il épuisait le peuple jusqu'à le décourager de reproduire2 », disait Alberoni. Il nourrissait un monde d'employés dans les conseils et les provinces qui échappaient à l'autorité royale. Si le Roi proposait une réforme utile à son service ou à ses sujets, les conseillers se liguaient pour l'empêcher, accumulaient les précédents, invoquaient la tradition, précieuse à leur routine ou à leurs malversations. — Pour reconquérir l'Espagne, Marie-Louise de Savoie avait eu besoin d'armées. A l'ordinaire, elle fut obligée d'attendre les galions ; et l'or qu'ils apportaient, comme une manne intermittente, plus d'une fois se perdait dans d'autres abîmes encore, dans les chambres du Conseil de guerre.
En vain, en 1706, la Reine avait-elle fait réduire par Amelot le nombre de ces conseillers inutiles. Ceux qui demeuraient ne la servirent pas mieux : à peine pouvaient-ils lever pour elle une armée de vingt mille hommes, et quels hommes, presque nus, payés trois ou quatre fois dans l'année3. Si la Reine, aidée de serviteurs dévoués, animés par son zèle, n'avait pas mis la main elle-même à la besogne, jamais Vendôme n'aurait trouvé les troupes qu'à Villavicios'a il conduisit à la victoire. Dum deliberalur, Saguntum péril.
Pour mettre en mouvement, pour coordonner les rouages de cette administration perdue dans le détail et le fonctionnarisme, les souverains avaient bien une ressource, un conseil de cabinet, un bureau central et restreint, le Despacho universal institué au début du règne. Peu de personnes y étaient admises, sept ou huit au maximum; le Roi et la Reine le tenaient tous les jours, quelquefois deux fois par jour. Là au moins, on aurait pu
1. Baudrillart, Philippe V et la cuir de France, I, p. 280. — Desdevises du I (ézert, ouv. cité, p. 106.