Coxe, Bourbons d'Esjiagne, I, p
décider vite et d'une manière absolue. Mais le malheur voulut qu'en droit et par l'usage les membres de ce cabinet fussent les présidents des autres conseils, Ronquillo, Frigiliane, Bedmar président du conseil des Ordres, Bergheick, de celui des Flandres. Ils venaient auprès du Roi se disputer les affaires, l'influence, comme aux Conseils et par les mêmes procédés : « cela faisait perdre beaucoup de temps ». Enfin, on sacrifia tout le profit de cette centralisation à l'habitude prise dès l'origine de n'y rien décider, qu'après avoir renvoyé l'examen des questions aux conseils compétents, et attendu leurs avis. Le cabinet devint aussitôt une commission de classement : il ne fut pas un Conseil Royal *.
Vraiment, Alberoni avait raison; on pouvait se croire en Espagne dans une république-. Les lenteurs n'y étaient pas moins grandes qu'en Hollande. Ce système de gouvernement ressemblait beaucoup aux formes parlementaires qui à La Haye obligeaient les Etats généraux à consulter et à mettre d'accord les bourgeois des villes et des provinces. « Les grands, disait Louville, veulent un roi en peinture qui paraisse leur roi, mais qui soit leur esclave. 11 n'y a ruses ni manèges dont ils ne se servent. Ils sont les premiers à crier avec le peuple qu'il faut des réformes, des troupes. Mais comme ils sont présidents de tous les Conseils, ils nous attendent à l'exécution et la diffèrent tant qu'ils peuvent3. » Tous ces vieux seigneurs s'indignaient d'une jeune Reine de dix-huit ans qui à leurs dépens prétendait gouverner et refaire contre leur vieille expérience une Espagne nouvelle : « Donnez-lui, disait le duc de Medina-Sidonia, des marionnettes et des bonbons4. » Elle voulait du travail, de l'autorité et de la gloire. Mais dans cette anarchie, sur qui s'appuyer pour vaincre cette routine et ce mépris des grands?
D'une république, l'Espagne avait d'autres défauts encore :
1. Baudrillart, Philippe V et Louis XIV, p. 68; Noailles, Mémoires, p. 76; Louville, Mémoires, II, p. 156.
2. Lettre d'Alberoni à Rocca, 17 juin 1718, p. 585: « Filippodi un regno assoluto ne formô una Republica. »
3. Louville, Mémoires et lettres, passim. — Lettre d'Alberoni à Rocca, « c'est une nation qui a voulu tenir ses rois esclaves et misérables », 18 mai 1717, p. 539.