Tome II. S
Marie-Louise seule, après ces efforts souvent malheureux, ne se lassait pas. A la paix, en 1713, elle avait rappelé Orry, persuadée que, malgré ses défauts il connaissait le mieux le fort et le faible de la monarchie. Il avait de l'ardeur et du courage, peutêtre trop. Mais l'excès valait mieux que le défaut. « Comme de deux maux il fallait éviter le pire, dit un contemporain, il fallait en venir là, ou voir périr l'Etat1. » Marie-Louise n'hésita point.
Par les soins d'Orry, on vit enfin s'opérer dans les finances des réformes essentielles. Il mit de l'ordre dans les impôts pour empêcher les agents de prélever à leur profit la moitié de la recette. En bloc, faute de pouvoir supprimer les baux des impôts, on afferma toutes les rentes provinciales à une seule personne, et bientôt de même les rentes générales. — Un trésorier général et une caisse centrale furent installés à Madrid pour recevoir les fonds; des cautionnements exigés des fermiers pour en garantir la rentrée. La simplicité des moyens refit la clarté dans ces ténèbres et prépara l'unité : on créa un intendant général des finances qui, réuni au trésorier général, tous les jours, sous la direction d'Orry et dans le cabinet de la Reine, rétablit l'ordre, un ordre provisoire encore, mais déjà bienfaisant2. Sans faire appel au trésor de la France, avec ce financier habile et énergique, Philippe V put réduire la Catalogne et se reconstituer dans la paix un budget de quarante millions.
Les gens atteints par ces réformes accusaient Orry de malversation, parce qu'il faisait cesser les leurs. Ils étaient légion, « Personne ne s'esl roidi contre les murmures comme celui là : toujours inébranlable, il allait son chemin, soutenu par la Heine, logé près d'elle au palais, il»' peur qu'on ne l'assassinai », introduit par elle au Despacho, malgré les reproches des Espagnols el de Louis KIV lui-même, tout-puissanl et comme premier ministre3. Avec lui, Marie-Louise refaisait la royauté absolue et lui procurait des ressources. Sa dernière œuvre, en janvier 1714, fut rétablissement d'un Conseil suprême, destiné à remplacer le