‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 72 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Ftocca, Il août 1713, p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Ftocca, Il août 1713, p

d'imaginer qu'un peuple ait, pendant des siècles, pratiqué un tel système, entretenu des colonies, et payé des administrateurs pour le plaisir d'enrichir l'Europe, qu'un pays, fait exprès pour le commerce parla nature, fût celui où il s'en fit le moins. Cela ne se peut expliquer que par le sommeil léthargique où se plaisait l'Espagne. L'intelligence de la nation s'était endormie1. Tolède, au bord du Tage, manquait d'eau parce qu'on avait négligé depuis un siècle de réparer une machine fort ingénieuse, inventée par un Italien pour alimenter le réservoir de la ville. Le Tage aurait pu devenir aisément navigable, mais les Espagnols, pour excuser leur indolence, s'étaient dit que « si Dieu l'avait voulu, il l'aurait fait mieux et plus tôt, avec un seul fiai sorti de sa bouche, et qu'il n'appartenait pas aux hommes de corriger ce qu'il avait laissé dans l'imperfection pour des raisons à lui connues- ». Le même motif sans doute servait d'excuse à tous ces hommes qui, d'un pays très riche et de mondes entiers découverts par leurs ancêtres, n'avaient ni le courage, ni l'esprit de se refaire une puissance : leurs mines demeuraient inutiles; elles auraient pu alimenter l'Europe : elles ne leur procuraient pas même une industrie locale. On ne trouvait pas à Madrid un bon horloger, pas même un tapissier capable de poser à une fenêtre une draperie3. Ce n'était pourtant pas la Providence qui avait fait les fenêtres ou réservé aux ouvriers italiens le soin de les garnir. En tous cas, si elle avait décidé que l'Espagne serait vouée à l'ignorance, elle avait réussi. Dans tout le pays, les jeunes nobles ne trouvaient pour s'instruire ni un collège, ni une académie4. On apprenait les lois à Alcala et à Salamanque, un peu de théologie scolastique par ci par là, rien de plus : ce peuple catholique ignorait le latin presque autant que l'arabe. D'autres études, plus modernes, plus utiles, à plus forte raison aucune.

A la gravité, au nombre de ces maux on peut mesurer

1. Pour toutes ces questions de commerce et de monopole consulter encore l'abbé de Vayrac, III, p. 447, et Desdevises du Dézert, L'Espagne au XVIIIe s., sa richesse, p. 140 et suivantes.

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