Ibid., 26 juin 1713, p
Italiens n'appelleraient pas en vain Philippe Y comme un libérateur pour leur patrie? Patriote, Alberoni faisait le beau rêve qui désormais « lui paraissait plus près de la réalité d'être entre les souverains de l'Espagne, les Farnèse ses maîtres et ses amis d'Italie l'instrument d'une mutuelle confiance qui permettrait une si belle œuvre1 ».
Après la mort de Vendôme, on le vit hésiter sans doute. Il avait tant lutté depuis vingt ans, depuis sa sortie du collège, pour parvenir où la fortune de sa naissance et son humble condition ne le destinaient point ! « La vie de bohémien qu'il avait menée pendant la guerre2 », vie de camp, vie d'aventures, avait porté à sa santé de rudes atteintes. Malgré tout, certaines de ses lettres trahissaient le regret d'abandonner l'œuvre interrompue, pleine de promesses encore, et le secret désir de servir l'Espagne pour s'en servir au profit de ses maîtres et de l'Italie. « Jamais étranger, écrivait-il le 22 août 1712, n'a été mieux à la cour d'Espagne que moi. Ce ciel fier et superbe, je l'ai trouvé humanisé et fort poli à mon égard. » Tous les généraux, le duc de Popoli qui succéda à Vendôme, son ancien lieutenant Grimaldi, M. de Caylus, les ministres et les grands, le cardinal del Giudice, le duc de Médina Sidonia, le marquis de Mejorada, insistaient pour le garder à Madrid, s offrant à remplacer l'ami qu'il avait perdu. Il pouvait beaucoup espérer de la Reine ellemême3.
Ce qui semble avoir alors le plus coûté à l'abbé, pour prendre une décision, c'est la crainte de dissiper dans un nouvel effort le peu de bien qu'il avait pu amasser. Auprès de Vendôme, la vie lui étail facile. Si, depuis le mois d'avril 1711, la cour de Parme lui avait supprimé toul subside, il n'en avait pas souffert. La disparition de son protecteur h1 laissait « sans argent » et dans une situation, s'il demeurait à la cour de Madrid, à en dépenser beaucoup. < J'ai l'ail assez, bonne figure dans cette capitale pour ne pas y vivre honleusenienl '*. »
I Lettre d'Alberoni à Boselli le .duc de Parme), Madrid, l" février .1712. v. Lettre d'Alberoni ;'i Rocca, 17 octobre 1712, p. In'.'.