‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 75 sur 189 · Lettre d'Alberoni, 26 juin · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni, 26 juin

Alberoni calculait alors le prix de la vie, trois fois plus cher qu'à Plaisance, la nécessité d'un train de maison, domestiques, mules et carrosses. Où prendre tout cela, « sur un patrimoine qui devait pourvoir à l'éducation d'un neveu el de deux petites nièces, même à leur établissement. Qu'on ait pitié de moi! » écrivait-il au ministre du duc de Parme, quand celui-ci au mois d'août lui transmit l'ordre du souverain, résolu, malgré ses envies de retraite, à le conserver à Madrid. Et de fait, dans les premiers mois où l'abbé se réinstalla à la cour, il dut recourir aux expédients pour vivre : le marquis Casali, envoyé des Farnèse « le logea et le nourrit très gracieusemenl : sans quoi il eût fallu décamper ». Son ami Monti, officier de l'armée de Vendôme, l'avait prié en son absence de toucher ses appointements. Il les prit; il emprunta 600 pistoles au cardinal del Giudice, et recourut aussi au banquier italien, Cantucci. Le duc de Médina Sidonia faisait de sa maison la sienne. Le duc de Popoli l'invitait presque chaque jour à sa table. En somme, c'était une vie d'expédients que les Farnèse lui imposaient. « La seule proposition de vivre ainsi et de mourir à Madrid me fait peur. »

Cette époque de crise et d'hésitations a été dans la vie du diplomate parmesan une époque décisive. S'il est demeuré alors à Madrid, pour s'associer de plus en plus au gouvernement des Bourbons, pour servir et continuer bientôt l'œuvre entreprise sous leur nom par Marie-Louise de Savoie, c'est par la volonté des Farnèse qui l'avaient déjà attaché aux Français, à Vendôme en Italie, en Flandre et jusqu'en Espagne. L'abbé n'a pris dans l'histoire figure d'intrigant et d'aventurier que par la faute de l'histoire, non par la sienne. « C'est vous, disait-il un an plus tard à son maître, qui m'avez obligé de demeurer en Espagne1. »

La politique des princes de Parme a paru négligeable, à côté des grands intérêts qui se heurtèrent dans la guerre de la Succession, duel décisif des Bourbons et des Habsbourg, rivalité des puissances maritimes et de la France. Mais ainsi l'histoire s'est privée des lumières qu'elle aurait pu se procurer sur la

1. Voir toute la correspondance a" Alberoni avec Rocca en juillet et août 1713, p. 234 et suivantes.

124 DÉGADIiNCE ET RÉVEIL DE L'ESPAGNE

fortune d'Alberoni. Elle n'a plus le droit désormais de l'attribuer à l'intrigue. Les Farnèse, exposés comme les ducs de Savoie, à payer en Italie les frais de la lutte engagée entre l'Autriche, les Français et les Espagnols, ont fait tous leurs efforts pour en suivre et en prévenir les conséquences. Il ne leur suffisait pas d'une diplomatie officielle, des services rendus par leurs envoyés ordinaires, Gazzola à Vienne, Piglietti à Paris, Casali à Madrid. Par leur ordre, Alberoni, agent secret détaché auprès de Vendôme demeura, quand Vendôme fut mort, à la cour d'Espagne, chef d'un service d'informations confidentielles adressées à son ami Rocca. garant dans la guerre et dans la paix prochaine de l'amitié des Bourbons d'Espagne pour l'Italie.

Par ses lettres, le secret de ses services jusqu'ici ignoré nous est connu. De Madrid il suivit et signalait à Parme pendant l'année 1712 les démarches et les efforts des armées espagnoles : son ami Caylus avait fait un plan pour des opérations décisives en Estramadure, le siège d'Elvas. Actif, laborieux, entreprenant, il n'avait pas prévu cependant qu'il n'avait pas assez de forces pour cette entreprise, et se rabattit sur le siège de Campomajor, afin de contrecarrer les prétentions du Portugal. Mais l'os encore parut trop dur à ronger : il fallut lever le siège et prendre sans résultat les quartiers d'hiver1. A l'armée de Catalogne, commandée par le prince Tserclaës, l'abbé avait un confident, le maréchal de camp Grimaldi. C'était à cette armée qu'incombait la tâche principale : les Autrichiens, commandés par Stahremberg, axaient reçu au printemps des renforts, menaçaient Cervera, Balaguer. Ils comptaienl sur le concours des Catalans, miquelets et volontaires qui ruinaient le pays autour de l'armée royale, réduite à l'impuissance faute de vivres, et incapable de secourir Girone qu'elle laissait aux Français accourus du Dauphiné le soin de débloquer2.

Ces résultais médiocres semblaient les conséquences de la mort de Vendôme. Mais Louis XIV n'abandonnait pas son petit-fils : les on lies donnés à Berwick de lui venir en aide étaient formels. « C'est la résolution el là vigueur d'il va trente

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