‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 79 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Rocca, 21 août 1713, p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Rocca, 21 août 1713, p

Ce langage d'Alberoni au mois d'août 1713 rappelle si exactement les propos célèbres du fondateur de l'unité allemande que dans cette commune méthode de politique réaliste on ne peut hésiter à retrouver la même inspiration d'un patriotisme impatient, mais sincère, la même haine de l'étranger, la même résolution de servir son pays en le châtiant. L'analogie d'ailleurs ne doit pas faire oublier, elle accentue même les différences. L'abbé italien eut le tort d'escompter une force dont il ne disposait point comme Bismarck disposa de la Prusse, une force étrangère, celle de l'Espagne et des Bourbons, pour le triomphe d'une politique italienne. Il paya cette erreur, plus tard. « Quand on représente des Princes qui n'ont point de forces, disait-il alors, il faut suppléer à la faiblesse, déployer son habileté, s'introduire avec adresse, et ne pas lésiner *. »

En cet art, depuis longtemps, il était passé maître. Comme toujours, il faut le voir assurer sa situation à la cour de Madrid par les bons moyens, des soupes au fromage, auxquelles la gracieuse Reine et sa dame d'honneur ne résistent pas plus que Vendôme et sa séquelle d'officiers gourmands, grâce aux charcuteries et au vin de Lambrusque réclamés en Italie pour la princesse des Ursins. C'étaient affaires d'Etat recommandées aux Farnèse par leur envoyé : « Souvenez-vous, leur disait-il, des facilités que m'a procurées certain régal présenté au bon moment2. »

L'abbé s'entendait à plaire et à amuser. Un bal était-il annoncé à Madrid : vite pour la duchesse d'Havre des fleurs de Manloue et des masques de Venise commandés aux amis qu'il avait laissés eu Italie, à Mme Sordi, au marquis Monti de Bologne : « On les attend avec impatience. » Pour le Roi, c'étaient des envois plus sérieux, des livres et des estampes Mais il fallait soigner surtout Mme des Ursins, « l'arbitre de l'Espagne ». Ce ne serait pas une ruine pour les Farnèse « d'envoyer tous les ans quatre douzaines de saucissons, quatre de fromages et deux caisses de vin dont celle dame fait son unique boisson. II y a huit jours je lui fis

Page 1