Tome II
146 L'ESPAGNE AUX FARNÊSE
d'Espagne voulait se donner au moins les apparences du regret.
11 attendait aussi peut-être pour se décider que les portraits demandés à Parme lui confirmassent les promesses d'Alberoni.
L'abbé tremblait de perdre sa cause par un de ces accidents imprévus qui tant de fois l'avaient détourné de sa route. Ne racontait-on pas que Louis XIV s'était chargé de faire agréer Marie-Charlotte de Bavière, belle fille et bien élevée d'un père à qui Mme des Ursins avait des obligations? La reine douairière d'Espagne, Marie de Neubourg, exilée à Bayonne par la même dame ne s'entendrait-elle pas avec le roi de France sur qui elle avait du crédit pour écarter sa nièce du trône d'où elle avait ellemême été précipitée? Bien vite, Alberoni s'en allait à Bayonne, et de cette reine déchue qui aurait pu être par haine de Mme des Ursins une adversaire, il fit un avocat excellent de sa cause1. À son retour, il trouvait le Boi en possession du portrait de l'héroïne, enchanté de l'air de bonté et de dignité qu'il se plaisait à y voir.
Heureusement aussi Mm8 des Ursins demeurait encourageante, non peut-être sans garder quelque arrière-pensée. Elle ne se lassait pas de réclamer à l'abbé le fameux vin et les fromages de son pays. Demandes singulièrement utiles qui en facilitaient d'autres, plus précieuses encore, sur les qualités d'esprit et de corps de la princesse Elisabeth : « Dansait-elle ? Combien de langues parlait-elle ? Les cicatrices laissées par la petite vérole étaient-elles profondes ou superficielles ? N'avaient-elles pas déformé son visage ? » Alberoni avait naturellement réponse à tout. Au sortir de ces entretiens, il informait la cour de Parme que de toutes les princesses proposées, la nièce des Farnèâé était celle, au dire de son interlocutrice, qui plaisait le plus au Boi2.
Il fallait conclure pourtant : arrivé à Versailles depuis le
12 mai, le prince de Chalais attendait toujours l'ordre décisif pour parler à Louis XIV qui s'irritait, pendant cinq semaines, de le voir à sa cour, silencieux et mystérieux. Alberoni ne s'irritait pas moins à Madrid de ces lenteurs; un jour le bruit circulant
1. Alberoni au duc de l'arme, '.'ti avril <M 7 mai 171 I Am n. \\r., l'urncsKiiiu. .">! .