‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 88 sur 189 · Mêmes Lettres des 7 mai cl 4 juin · texte numérisé non relu

Mêmes Lettres des 7 mai cl 4 juin

qu'on songeait à Marly à un mariage avec MUe de Clermont, il s'émut. Mme des Ursins n'aimait pas la France ; elle le rassura, mais n'en dit pas davantage1. Le 10 juin elle lui fit enfin la confidence définitive, attendue2.

Ce qui décidait enfin Philippe V, c'était cette étrange maladie dont les crises s'accentuaient avec la prolongation de son veuvage. Les Farnèse avaient le remède tout prêt. Au sortir d'un accès de mélancolie et de fièvre qui avait préoccupé son entourage, Philippe V résolut de le leur demander. Sa retraite au Pardo avait assez duré. Le 18 juin il envoya à Chalais l'ordre de parler à son grand-père et l'informait qu'il avait pris la résolution de se remarier, de préférence avec Elisabeth Farnèse, s'il y consentait. Le 2 juillet, Chalais quittait Versailles avec une réponse favorable de l'aïeul, un peu mécontent cependant que la négociation lui eût été cachée3. Quinze jours après, Philippe V se décidait à cette seconde union où la raison avait plus de part que l'inclination. Le cardinal Acquaviva, son ministre à Rome, reçut l'ordre d'avertir le Pape Clément XI et de se rendre à Parme, d'y faire la demande officielle et de conclure.

Ce mois de juillet 1714 fut, pour l'auteur de cette pièce mémorable, le dernier mois d'incertitude et d'émotion. Il avait eu un cri de joie le 25 juin : « Grâce à Dieu, tout est terminé. Le prince est pleinement servi4. » Sa maison, modeste demeure de l'envoyé d'un petit prince, devenait le rendez-vous de la cour. Mme des Ursins et sa suite, le premier écuyer, le grand chambellan, le duc d'Atri, le comte de Montijo, s'y invitaient pour fêter, avec cette bonne cuisine lombarde dont ils étaient friands, le serviteur de leur nouvelle Reine et l'auteur de sa fortune. Tout en déplorant la lésinerie des Farnèse, les obligations de sa charge et les exigences des banquiers, Alberoni était fier d'avoir réussi, et ne ménageait les compliments ni à lui-même, ni à sa table,

1. Lettres de del Giudice à Philippe V, des 14 mai et 30 juin 1714. — Archives d'Alcala, citées par Baudrillart, ouv. cité, I, p. 592.

2. Lettres d'Alberoni au duc de Parme, 25 juin et 2 juillet 1717 (Arch. Nap.).

3. Louis XIV à Philippe V, 2 juillet 1714, Baudrillart, I, p. 592.

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