‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 89 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Rocca, p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Rocca, p

148 L'ESPAGNE AUX FARNÈSÉ

sa meilleure auxiliaire : « J'ai conscience d'avoir bien servi et de n'avoir en rien négligé ce qui pouvait assurer le succès. Tous les auxiliaires que j'ai trouvés étaient vraiment ceux qui avaient le plus de crédit et d'autorité, et je puis bien dire, parce qu'ils l'ont dit eux-mêmes, que j'ai eu leur entière confiance. Mais aussi, s'ils venaient me surprendre à Madrid vous ne pouvez vous imaginer l'éloge qu'ils faisaient de toutes parts au Roi lui-même sur la bonne chère de ma maison. » « Allons, concluait-il, les dispositions sont excellentes, les mesures bien prises, efficaces, et calculées de manière à réussir1. »

Si bien montée pourtant que fut la pièce, Alberoni tremblait toujours. Il se défiait du principal avocat, des finesses et des ruses de Mme des Ursins. Saint-Simon a prétendu qu'au dernier moment elle avait fait expédier au cardinal Acquaviva l'ordre de ne point quitter Rome. Le bruit courut en effet qu'à la fin de juillet encore elle travaillait en cachette pour la tille de l'Electeur bavarois2. L'abbé veillait, faisant sans cesse la route de Madrid au Pardo par un été brûlant, s'épuisant en démarches, en écritures. C'étaient des entretiens avec Mme des Ursins pour lui dépeindre Elisabeth « une bonne lombarde, sans fiel, tout cœur, d'un naturel doux et maniable, telle qu'elle pouvait la désirer, toute préparée par la reconnaissance et la nécessité môme à se confier uniquement à ses conseils ». C'étaient des apartés plus piquants encore avec le Roi qui voulait des détails, beaucoup de détails sur sa fiancée et les demandait à l'abbé, par peur ou par méfiance de la princesse3. Les portraits de la Reine lui fournissaient les meilleurs arguments. Ils faisaient fureur : « La marchandise a plu. Encore, de grâce, envoyez - m'en. Il ne manque pas de copistes au pays : le plus et le plus tôt possible4. » Ce qu'il y avait d'amusant et de rassurant, c'était l'impatience de Philippe V aussi grande que celle d'Alberoni, pour d'autres raisons. A chaque cavalier qui arrivait, il deman-

1. Lettres d'Alberoni à Rocca, des 2 et 9 juillet, p. :>17 el 320; et nu duc de Parme (Arch. Nap., Farnesiana, 54 ,

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