ALBEKOXI LT MADAME DES URSINS
maîtresse absolue1 ». C'était son vœu et l'objet même du complot, auquel il fallait beaucoup de prudence : l'abbé rassura et endormit celle qui devait en être la victime. 11 ne la quittait point, lui procurait de Parme des douceurs et des compliments. Au mois d'août, Elisabeth reçut des avis plus précis, un véritable acte d'accusation contre Mme des Ursins, qui avait pris toutes ses précautions pour l'isoler, l'entourer de courtisans à sa dévotion, de dames du palais, ses créatures, toutes enceintes d'ailleurs et incapables de remplir leur office. A ces critiques, l'abbé joignait ses offres de services et un vrai plan de campagne pour les Farnèse et leur nièce, tous les moyens de renverser peu à peu l'usurpatrice, de faire que la cour de Parme ne fût pas exposée à ne pouvoir faire nommer un caporal à Madrid et, qu'au contraire, elle disposât de l'Espagne « à la baguette2 ». Il se préparait à détourner pour ses desseins l'instrument dont il avait recommandé à Mmo des Ursins l'emploi et garanti la docilité.
La dame alors commença de se méfier, sur la foi sans doute d'avis reçus de Versailles et transmis dès le mois de juillet par son confident, le chevalier d'Aubigny. En rédigeant les instructions d'Albergotti, le 20 août, le ministre Torcy qui s'intéressait à Mme des Ursins, « parfaitement instruite des affaires d'Espagne, fidèle, attachée au Roi catholique et à ses enfants », le chargea d'observer si déjà la princesse de Parme3 soit d'ellemême, soit par les avis de quelques gens malintentionnés n'aurait pris nul ombrage et nulle jalousie du pouvoir que la princesse s'était acquis sur l'esprit du roi d'Espagne. » L'éveil était donné malgré les protestations d'attachement qu'on prodiguait de Parme à la princesse. Elle imagina à ce moment une feinte retraite, pour se faire retenir par la cour de France et par Philippe V, pour s'imposer davantage à l'approche de la crise.
Depuis la célébration du mariage à Parme, entre les adversaires qui s'étaient désormais reconnus et déclarés, le conflit s'aggrava. Ce fut un duel silencieux, à coups fourrés, pendant le
1. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 30 juillet 1714 (Arch. Nap., Famesiana, 54).