‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 98 sur 189 · Lettre d'Alberoni à Rocca, 3 février 1715, p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni à Rocca, 3 février 1715, p

3. Idem à idem, 18 mars, G mai, 2 juin, 10 juin, p. 385, 397, 401-400.

Dès le retour de Jadraque, on note qu'il a déjà un grand rôle : « Je ne suis pas ministre de la Reine, dit-il, mais de son père. Je ne donnerais pas cinq sous, monnaie de Plaisance, des postes de cette monarchie1. » Il a laissé les honneurs à del Giudice avec qui, extérieurement, il est au mieux2. Mais il a pris l'autorité3. Elisabeth lui a donné l'entrée secrète, faveur inusitée qui lui permet de la servir et de l'instruire. A toute heure, l'abbé est à ses repas, à ses conseils, à ses jeux. Il la suit à ses chasses, dans ses villégiatures d'Aranjuez. Sa table et sa maison deviennent le rendez-vous des courtisans, et des Italiens surtout. Il fait figure de grand favori et presque de premier ministre. La cour de Parme s'alarme parfois de la faveur de son envoyé. Elle craint que les Espagnols n'en fassent grief à la Reine, comme d'une trahison envers leur nation. Elle craint surtout et déplore d'avoir à payer les frais du rôle qu'il a plu à la reine d'Espagne de réserver auprès d'elle au ministre de leur Etat, trop modeste pour suffire au train de vie du premier personnage d'une grande cour. Alberoni a beau faire honte aux Farnèse de leur parcimonie, vanter les avantages de son crédit, exiger le remboursement de ses avances, qui épuisent ses propres épargnes. « Il faut pourtant bieu, servant une Reine de votre maison, que mon état soit supérieur à celui de tous les autres diplomates de cette cour. Avez-vous pu songer dans une occasion si glorieuse à réduire le train de votre envoyé ? Toutes mes épargnes s'en vont en fumée4. » C'est entre le trésorier du duc et le confident de la Reine des discussions d'argent perpétuelles, dans lesquelles les Farnèse n'ont pas le dernier mot, des échanges de propos aigres. L'abbé se voit accuser à Parme de faire sa fortune personnelle : la cour de France le jugeait sensible aux offres d'argent qu'on pouvait lui faire pour le gagner. Alberoni le prend de très haut avec ses maîtres, et leur met le marché à la main. A mesure

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