I. Lettre d'Aïberoni à Rocca, 11 mars 1715, p
que sa faveur pourtant a grandi, les Farnèse ont dû s'exécuter1.
Et elle a grandi très vite : du jour où Elisabeth a résolu de gouverner, les leçons et le concours d'Alberoni lui sont devenus plus que nécessaires. Elle ne sait rien de l'Espagne, de l'administration, des partis de la cour et de la politique générale. Mais l'abbé, le maître qu'on ne lui a pas donné dans sa jeunesse à Parme, et qui figurerait avec honneur dans le cercle des hommes d'Etat parmesans, ce fin politique que ses voyages à travers les cours et son séjour en Espagne ont initié depuis longtemps aux secrets et aux intérêts des gouvernements, l'homme de confiance enfin des Farnèse est là toujours à la portée de la Reine, pour ainsi dire sous sa main, empressé et complaisant. C'est un livre et presque un manuel, qu'elle ouvre et qu'elle interroge et ferme à volonté. Elle se laisse guider ainsi a travers les écueils et les factions de la cour, consulte Alberoni sur les choix et les décisions qu'exigent son intérêt et le service du Roi. Elle le charge de parler en son nom à ses officiers, au Conseil2. Bientôt, dès le mois de mai 1715 les envoyés d'Angleterre et de Hollande se sont détournés du cardinal del Giudice, et le duc de Saint-Aignan a reçu l'ordre de Versailles de rechercher plutôt Alberoni pour négocier avec lui. Chacun sait désormais qu'il faut s'adresser à la Reine, et que le moyen d'acquérir ses bonnes grâces est d'employer son confident et son mentor. « Si cela dépendait de moi, disait Elisabeth à l'abbé, vous seriez pape3. » En attendant, disposant du royaume plus que le Roi, elle fit de lui une sorte de premier ministre, sans le titre d'abord et en secret.
Entre le ministre en titre du royaume d'Espagne, et le confident de la Reine la lutte dura près d'une année, du mois de juillet 1715 au mois de juillet 1716. Saint-Simon, renseigné par le secret des postes que lui communiqua Torcy, a marqué les coups. Cellamare, ami de l'abbé, neveu du cardinal s'était efforcé en vain, au mois d'août 1715, de les réconcilier. La mort de
1. C'est un des objets essentiels de la correspondance échangée alors, au printemps de 1715, entre l'abbé et le comte Rocca qui était chargé de la dépense de la cour.