X PREFACE
contre-partie de celle de Saint-Aignan qui se découvre en même temps à Madrid — lui fournit un moyen de rejeter sur Alberoni la responsabilité, l'éclat surtout de la rupture et de rendre ainsi quelque popularité à la guerre et quelque crédit aux alliances.
« Les récits parallèles de ces deux complots de Cellamare et de Saint-Aignan qui se répondent et s'entrecroisent sont fort intéressants. L'affaire de Cellamare était assez bien connue; celle de Saint-Aignan l'était mal, et par reflet, elle éclaire plus d'un angle resté obscur dans la première. On voit Saint-Aignan cherchant à former en Espagne un parti national, jiatriote, espagnol contre les Parmesans, mais avec l'arrière-pensée chimérique d'amener ensuite les conspirateurs que la France aura gagnés en flattant leur esprit de hauteur et d'indépendance, à se subordonner à l'influence française ; c'est, en un mot, ruiner Alberoni pour recommencer la princesse des Ursins. On voit Cellamare échauffant en France l'humeur de la vieille cour, les ambitions jalouses des légitimés, la haine générale contre l'Autriche et contre l'Angleterre, la turbulence et l'insubordination des Bretons et des Poitevins, l'agitation brouillonne des Parlements, pour amener ensuite cette vieille cour très orgueilleuse, ces gentilshommes impatients du pouvoir royal, ces parlements avides de politique, tous ardemment et passionnément français à se laisser gouverner par l'étranger, et à faire de la France une vice-royauté espagnole pour le duc du Maine. De part et d'autre, môme ignorance et méconnaissance du caractère national des Espagnols et des Français, des traditions politiques, des intérêts des deux pays ; même conception suj^erficielle ; môme diplomatie de cabales; môme anachronisme enfin dansées Frondes rétrospectives et mesquines, sans l'appoint des fameux politiques, des héros, des grands originaux du xviT* siècle, sans Mazarin, sans I^etz, sans Condé, sans Turenne. sans Mon! pcnsier, sansLarochefoucauld, sans Mathieu xMolé — rien quedes Beaufort, desdaston, des Chevrcuse, des Longueville ; inoins de passion, j)lus d'intrigue; point de courage, sauf che/. les subalternes, qui courent les aventures et dont quelques-uns paient de leur tête le jeu des prétendants et des diplomates.
« La guerre d'Espagne, dit notre auteur, est en réalité une guerre entre les intérêts de l'Etat et ceux du Bégent. Dubois redoute une victoire trop marquée ; il se rend comjUe que le triomphe de sa politique menace d'en ruiner l'objet. Use retourne
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alors, ou plulôt il se continue, mais par une brusque volte-face. Le même intérêt qui l'a amené à conclure la Ouadi-uph; Alliance et Ta entraîné à la «guerre, l'obligea restreindre la iruerre et à la susi)en(lre. 1! s'agit d'opérer, sous le feu, un cliangement de front et de concilier ce qu'il n'a sépare que par nécessité : les intérêts de son maître et ceux de l'Etat. Il s'y emploie désormais. Il a su s'associer l'Angleterre, il la tire à ses fins. Il déploie alors des qualités supérieures; il montre encore plus d'adresse à dénouer les (ils très enchevêtrés de sa propre trame qu'il n'en a monhf' à la tisser : c'est le moment oii il se relève et soi'l du rôle de conseiller secrel d'un prélendant pour devenir le ministre d'un prince.
« Cette série nouvelle de négociations, où les afîaires du Nord se mêlent à celles de l'Espagne et de l'Italie, fournit à l'auteur du Mémoire le sujet de deux chapitres remarquables. Celui de la chute d'Alberoni est le plus neuf et surtout le plus piquant. La main de Dubois y apparaît partout. C'est par le duc de Parme, avide de bénéfices qui lui sont dès lors assurés, et désormais avide de la [)aix qui lui permettra d'en jouir; c'est par Elisabeth, jalouse du pouvoir en Espagne, inquiète pour les avantages qu'elle convoite en Italie, impatiente de secouer le joug d'un favori devenu un maître compromettant que Dubois arrive à se débarrasser de son rival. Alberoni traverse le Midi de la France. Les relations des agents (pii raccomi)agnent sont fort caractéristicpies pour les moeurs et l'esprit du temps. Le favori disgracié se répand en propos cyniques sur ses maîtres. Si le Grand Frédéric eût vécu dans ce temps-là, il eût, ii<'n que sur ces propos, appelé Alberoni à sa cour et l'eût invité à s'asseoir dans ses soupers de F^otsdam. Dubois exploita avec une sagacité rare les conjonctures qu'il avait préparées. Il sut profiter de ses succès. L'Espagne désemparée, ruinée, déçue, revint à la France. Elle entra dans lA'lliance en janvier 1720. Dès lors le Régent vit. ses droits éventuels reconnus j>ar toutes les grandes puissances. C'est le couronnement de sa politique ; c'est la belle époque de son gouvernement et la partie la plus saillante peut-être de l'ouvrage que nous analysons. Il faudrait suivre l'auteur dans l'histoire du traité de Madrid, de mars 1721 : la nouvelle alliance livre l'Italie aux Espagnols. C'est, après Alberoni, sans lui et contre lui, le triomphe de sa politique. L'auteur reproche ici à Philippe d'avoir sacrifié les intérêts de l'Espagne à ceux de