XII PRÉFACE
rAngleterre pour avoir l'Italie, et à Dubois d'avoir fait payer tous les frais de la transaction par la France qui n'obtient rien que la garantie du traité d'Utrecht.
« L'épisode des doubles fiançailles entre une Infante et Louis XV, entre une fille du Régent et un Infant d'Espagne, est comme le dernier mot du Secret de Dubois et de son maître : c'est aussi le dernier épisode de la politique de famille. Louis XV, vécut, régna, n'épousa point l'Infante et Dubois mourut sans avoir pu mesurer la vanité de sa politique. Mais il en exploita merveilleusement les avantages, aussi avare des biens . de fortune, qu'il était prodigue de services et fécond en expédients. On le vit entasser les insolences, dépasser par le mépris qu'il en faisait le mépris de l'opinion, épuiser la facilité de son maître et se donner en exemple de l'abaissement des mœurs dans la cour, dans l'Etat, dans l'Eglise II se gorgea d'abbayes, ce qui n'était qu'un abus; il se fit ordonner prêtre, ce qui était un sacrilège; il se fit sacrer évêque, ce qui était une profanation solennelle; il se fit promouvoir cardinal, ce qui ne fut qu'une comédie : elle est des plus divertissantes, même dans cette cbronique romaine si féconde, alors, en divertissements. Si Dubois avait écrit ses .Mémoires et s'il y avait mis un peu de son esprit endiablé, ce cbapitre eût formé un digne pendant aux Mémoires de Retz. On peut supposer que Dubois projetait de les écrire, et que l'Académie, qui en eut le pressentiment, voulut l'y encourager, car l'illustre Compagnie l'élut pour un de ses membres. Cet liommage indirect, rendu aux belles-lettres, couronna sa carrière.
« Dubois sorti du néant, dit Lemontey, eut dans sa volonté la hardiesse que son maître avait dans respril. et s'éleva toujours. » Mais il n'éleva que sa fortune, qui fut, tout romj)te fait, une fortune de scandale. Il s'usa à la peine et tomija comme étouffé en arrivant au sommet, énervé par la perpétuelle inquiétude et les incessants recommencements d'une œuvre subtile, toute en échafaudages, s'écroulant sur soi-même à mesure qu'elle monte, dépourvue du seul fondement des édifices d'Etat, l'intérêt permanent de la nation, — et très inutile enfin dans son objet même, car si Louis XV était mort avant sa majorité, le même intérêt national que r)ul)ois blessa j)ar ses alliances d'Angleterre et d'Autriche, aurait comme poussé le Régent au trône et l'y aurait soutenu; les jjrétentions de l'Espagjie ne l'auraient rendu que plus populaire, et l'Autriche et l'Angleterre, pour