Lemontey, llisf. de la Ri^gence, 1, p
4. Dubois au Régent, 30 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 312, P 261. « Je fais mon cumpliment à A'. A. R. sur son traité avec TAngletei re que j'ai signé avant-hier à minuit. »
ses lettres de créance d'ambassadeur et de ministre extraordinaire. Le P'" décembre, les villes de Hollande faisaient connaître leurs résolutions : Amsterdam se déclarait pour la France. Leyde et Rotterdam résistaient encore, mais le 4, Leyde était à son tour conquise par la promesse formelle de l'abolition du droit de 4 sols par livre : enfin, dans l'assemblée générale des Etats, les représentants de toutes les provinces, sauf d'une petite partie de la Hollande oia Rotterdam protestait encore, concluaient à l'alliance française et abandonnaient l'Empereur (8 décembre) ^
Le 11 décembre 1716, Dubois pouvait écrire au Régent : « Votre alliance avec les Etats généraux est conclue et sera signée sous peu, après que les députés aux Etats qui avaient pouvoir de la faire et de la conclure, et qui l'ont arrêtée, en auront donné connaissance à leurs maîtres et auront eu leur approbation, ce qui est une formalité inévitable- ».
Il ne s'agissait plus que de formalités à remplir : mais l'abbé était payé pour s'en défier. Celles du ministère anglais avaient retardé de plus d'un mois la signature de la première convention. Cette fois, il n'y avait plus à craindre des intrigues de Cour et de Cabinet, mais des résistances de villes tout entières et de provinces que les Impériaux encourageaient secrètement^.
Les Autrichiens infligèrent un premier mécompte à Dubois : ils persuadèrent aux partisans de la France et de la paix que le meilleur moyen d'assurer le repos de l'Europe c'était d'entrer dans l'alliance que l'Empereur avait conclue en juin 1716 avec les Anglais. Ils leur proposaient deux triples alliances au lieu d'une. Ce moyen ne parut pas déplaire aux Hollandais qui se seraient concilié la France sans s'aliéner l'Empereur. Dubois se fâcha : il accusa les bien intentionnés et « la trigauderie de ce pauvre M. deChâteauneuf, qui avait eu la naïveté de les croire dévoués ».
1. L)nl)oi< cl ('.liAtoaiiiK'iir ,111 I^^i. ."> (Ii'combic 171i> A. KI'I\., lloll.iinlc, I. :51v*, f» 83).
2. Dubois au llcgenl, 11 (Içromhiv IJlfi (A. KTR., Hollande, l. 312, f 15^).
3. Même dépêche : « .l'ai vu oniro les mains de Cadoijan une IcUre du marquis de Prié où il assure qu'on fera ronilor la siprnalure des Hollandais si longtemps (|u'on n'en verra pas la (in. > r(ii<\, Mémoires inédils, I, p. 848 ; Saint" Simon édit. C'.liérnel, XIH. p. 2ir)}.
Il mit les Ilollandnis en demeure de choisir, et de fixer un terme pour la signature de Talliance*.
Le 26 décembre, l'abbé déclara net au grand Pensionnaire, par ordre du Régent, et sur un ton cassant qu'il n'avait à entrer dans aucun détail sur l'intérieur et le gouvernement de la République ; qu'ayant traité avec l'assemblée, il avait le droit de la croire autorisée, et que, si elle l'était en effet, elle eût à fixer sans délai la signature : « au risque d'altérer la bonne volonté de Mgr le Régent ». Le plus tôt serait le mieux ^. Ce ton très différent de la complaisance ordinaire du négociateur français fit son effet. Le 27 décembre 1716, les Etats généraux s'assemblèrent et déclarèrent qu'ils étaient prêts à signer, le 31 décembre ou, plutôt, si le Régent voulait bien y consentir^, le 4 janvier 1717. Dubois touchait au port : il y entra enfin à cette date *.
La signature des Hollandais coïncida avec le retour du roi GeorgesenAngleterre.il revenait à Londres au début de février 171 7 pour ouvrir son Parlement : Dubois l'attendit à son passage en Hollande, avec moins d'impatience et d'inquiétude cette fois que six mois auparavant Le Roi tenait à le voir et le reçut à Utrecht
\. Dépèche de Dubois, 11 décembre 1716 ; Sevelinges, I, p. 235. '■ Ils ont. trahi net ce pauvre M. de Chàteauneuf. » Dubois prévoyait cette trahison ; dès le 30 novembre, il écrivait au duc d'Orléans : " Il y a encore le clanger que l'Empereur se rapproche des États et ne fasse son alliance avant la nôtre : pour cela il faut faire taire les marchands d'Amsterdam et Leyde. »
2. D'Huxelles à Dubois, 19 décembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 312, P 180i: Dubois au Régent, 29 décembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 312, P 252) ; Sevelinges, I, p. 237, 240.
3. Sevelinges, I, p. 240 ; Cadogan à Townshend, La Haye, 25 décembre 1716 (Rec. Office, Hollande, Wiesener, I, p. 444).
4. Dubois à Pecquet, 11 décembre 1716. « Je commence à voir le port » (A. ÉTR., Hollande t. 312 P 152). M. Wiesener rapporte au 5 janvier la dépêche fameuse citée par Lemontey et par Aubertin, (Esprit public au XVIII'' siècle). C'est une erreur de date si l'on veut : elle est du 30 novembre à, la suite de la signature de la Convention franco-anglaise qui eut lieu à La Haye, le 28 novembre. Voilà le défaut ordinaire de ce livre de M. Wiesener, fait toujours sur les sources anglaises exclusivement. C'est avec les papiers de Dubois surtout qu'il faut faire Ihistoire de ses négociations. La lettre de Dubois à d'Iberviile du 5 janvier 1716 (Rec Off., France, V, p. 348), est beaucoup plus conforme aux faits." Les députés nous ont fait languir: mais cette unanimité nous dédommage du temps qu'ils nous ont fait perdre. » ■< Langage plus modeste, dit M. Wiesener (p. 447), que celui de l'autre dépêche », tout simplement parce que le succès était moins grand. Dans la pensée de Dubois après la Convention franco-anglaise signée en novembre, l'accession des Hollandais n'était qu'une affaire de temps.
le 22 janvier 1717 en négociateur heureux, avec toutes sortes de félicitations affectueuses. Stanhope, qui avait précédé son maître d'une semaine à La Haye, avait pu proposer à Tabbé Dubois de détruire la convention particulière et toujours secrète de Hanovre. Il préférait ne présenter au Parlement anglais que la Triple Alliance de La Haye plus facile à défendre'. Les avantages particuliers des souverains se voyaient moins dans le plan d'une paix générale pour leurs peuples. C'était en France aussi l'intérêt du Régent. Ce fut l'avis de Dubois. Il ne resta plus qu'à échanger les ratifications, pour que l'œuvre fût entièrement consommée.
A Paris, le maréchal d'Huxelles fut obligé de l'accepter et de subir la joie de la Maison d'Orléans. Le duc et sa mère, suivant un contemporain, s'embrassèrent et baisèrent le texte du traité qui faisait la fortune de leur famille-. D'Huxelles dut le baiser à son lour, à contre-cœur : « sa mine allongée » augmentait la joie du Régent^.
Le Conseil de Régence qu'il fallut bien consulter, après celui des Affaires Etrangères, accepta le fait accompli : il donna ordre de procéder désormais à l'expulsion du Prétendant puisqu'elle devait précéder l'échange des ratifications. Saint-Simon prétend, dans ses Mémoires, que le Conseil ignorait jusqu'à la fin le texte même du traité ; lui du moins, nous le savons, le connaissait depuis longtemps; il y avait même collaboré; il l'approuvait jd(Mnement comme (^anillac et d'Effiat'*. Le Régent manda séparément les autres membres qu'il supposait hostiles, ceux de lancienne cour et Villeroy en particulier, attachés auxJacobites. Tous baissèrent la tête'*.
Désormais il n'y avait plus de difficultés. On lit partir pour Avignon le comte de Dillon, lieutenant général des armées du Roi, avec ordre au PrétendanI de quitter cette ville immé-
L Sovoliiii^'es, 1, p. 240.
'2. Buval, Journal de la liégence, \, p. 243.
3. Slair à Melhuen, 1717 [Slair'n Papers, Wiosoin'i-, I, \t. 44S).