Même dôpéclio
1. Dubois au Régent, 14 novembre 171(i (A. ÉTR., Uoli., l. :)ll, (» Ui3).
Pour faire parvenir ses conseils à leur adresse, Dubois prit le moyen qui lui avait jusque-là réussi ; il envoya sa lettre à Noce et le pria d'être son avocat, comme toujours : « Examinez si l'article de commerce causerait un préjudice au royaume. Si cela n'est pas important, exhortez -le à m'en laisser le maître*. »
Le Régent ne fut pas insensible à cet appel pressant, aux conseils de ses confidents. Il ne prit pourtant point, avec autant d'aisance que Dubois l'eût souhaité, sa résolution. A chaque nouveau sacrifice qu'on le pressait d'imposer au royaume pour son profit, il hésitait. Sa conscience lui donnait d'autres conseils que ses amis ; sa paresse d'ailleurs venait au secours de sa conscience^. Elle l'empêchait de suivre trop vite son ambition et ceux qui la servaient. Dubois gourmandait l'une et réveillait l'autre. « Il n'y a présentement aucune affaire qui soit préférable à celle-ci; car il s'agit de prendre le dessus sur l'Empereur ou de le lui laisser prendre'^. » — « Cette affaire est telle que la France et les autres Etats ne pourraient plus, si elle réussissait, se passer de l'influence de Son Altesse et que lorsque la Régence serait finie, le Roy ne pourrait gouverner sans son assistance. Au lieu que si les choses continuent sur ce pied-là, les affaires étrangères seront si difficiles que peu réussiront. » 11 le priait au moins de donner sa réponse à Noce « le canal le plus sûr que je connaisse ». Et il concluait douloureusement : (( Il est bien fâcheux qu'il faille se cacher pour faire son devoir et le bien de son maître*. »
Le duc d'Orléans, dans tous les cas difficiles, était amateur de moyens termes : il n'accorda pas à Dubois la suppression du tarif de 1664, mais il donna aux Hollandais immédiatement et sans délai l'abolition du droit de quatre sols par livre établi en 1699 sur les draps. « C'était tout ce qu'il pouvait faire en leur faveur-'. » D'Huxelles,qui avait laissé seulement espérer, fut bien
1. Dubois à Noce, 14 noveinbie 171G (A. ÉTR., Hollande, l. 311, F IGl).
2. Dubois au Régent, 24 novembre 171G (A. ÉTR., Hollande, I, 311, f" 2,S3j « Vous m'abandonnez, Monseigneui'. »
3. Dubois au Régent, 24 novembre 171G (A. ÉTR., Hollande, t. 311, f" 283).
4. Dubois à Noce, 21 novembre 171G (A. ÉTR., Hollande, t. 311, f' 260, 233).
5. Le Régent à Dubois, 23 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, f» 265).
« forcé de se résigner à cette concession* » (20 novembre, et Dubois de son côté remercia le Régent du billet doux. 11 avait travaillé assez toute la République depuis un mois pour espérer que cet avantage suffirait aux Hollandais-^.
La somme de travail qu'il dépensa alors en visites, en éloquence, en lettres, est incalculable : « Vos lettres me font de la force. Le seul miracle qu'elles ne font pas, c'est de m'engraisser. Je n'ai que la peau sur les os. Je suis accablé de travail. Je ne dors (jue trois heures par nuit. » 11 allait voir le Président de la Commission des affaires étrangères, Latimar de Brookyns, l'amenait à la France les pires ennemis de sa politique, Fagel, et Slingerlandt. Il combattait auprès du pensionnaire Heinsius l'influence de Walpole et des ministres allemands 3. Sachant que la principale opposition était celle de Rotterdam, il s'assurait des alliés dans celte ville, un érudit français, le ministre protestant Basnage, qui y vivait entouré de l'estime et de la confiance des bourgeois. C'était un coup de parti qu'une telle alliance : les réfugiés protestants avaient détourné de la France les puissances })rotestantes ; Dubois s'adressait à eux pour retrouver des amis. 11 avait de même acquis en Angleterre les ministres hanovriens de Georges I^"" par le concours d'un réfugié français, leur secrétaire, Robethon, dont le frère était encore avocat général de la Monnaie de Paris, en obtenant pour sa nièce « Allemande et luthérienne » la permission de se marier en France *.
Ce ne fut pas seulement en Hollande que ces concours diuneuraient précieux. Le traité avec l'Angleterre n'était pas encore signé, à cette date : Dubois, sous peiue d'imprudence, devait garder la confiance des hommes qui l'avaient préparé. Tous les moyens lui étaient bons, même la corruption. Nous savons ))ar lui-même qu'au moment le plus épineux de la négociation d'Hanovre, il avait offert à Stanhope une somme de six cent mille livres. Il lui renouvela l'offre sept ou huit
1. I) llnxnllcs à Dubois, l'J novcinlnr I71C) 'A. KTl!., IIull.iiKie, I. .111. f 100). I' Dès à présent. »
2. Dubois nu Régent, 30 novpmi)ro \1\(\ (A. l'ri'iî., Ilollando, t. 312, f 2G).
3. Dubois ;ï (ilhi.vclies, 20 iiovcmbio 1716 (A. ÉTH., llullande, t. 311. f 200). 1. Dubois à dlluxelles, 5 octobre 1716 (A.' ÉTIl., Hollande, t. 310, F 37).
fois, soit en billets, soit en espèces sonnantes. « Ses figures de rhétorique restant inutiles, il ne renonça pourtant pas à l'effet de son éloquence sur ses vices ' ; il eut l'audace de le gagner par des bricoles et par des menus. » Il pria le Régent de faire choisir par un connaisseur fidèle trente pièces de vin de Champagne, du plus fort, du Sillery; dix autres de Bourgogne et cinq de Volney, les unes pour Stanhope, les autres pour le Roi lui-même.
Ce grand corrupteur d'hommes n'hésitait pas non plus à employer les femmes : auprès du roi Georges, c'était chose facile. Il avait, outre sa maîtresse en titre, la maîtresse légitime, la duchesse de Kcndall, venue de Hanovre, deux maîtresses plus jeunes, également Hanovriennes. L'une était Madame de Kilmanseck, fille de la comtesse de Platten, l'autre, sa propre belle-sœur, la marquise de Platten. L'une et l'autre, très ambitieuses, avaient leurs intérêts en Hanovre. La première y avait laissé son mari, premier écuyer de la cour, son fils et ses commodités; la seconde y était retenue par Georges L'". Dubois s'adressait à elles comme aux ministres hanovriens, à Bernstorff et Bothmar; il leur montra que Talliance de Hanovre servait leurs intérêts : plus Georges serait assuré de l'Angleterre, plus il résiderait en Allemagne, plus leur influence et leurs profits seraient grands-.
On ne s'imagine pas le nombre de lettres, d'entretiens, de visites que toutes ces intrigues, ces offres, ces marchandages, rendirent nécessaires. Dubois ne négligeait rien. « L'envie, qui gémissait de sa fortune, se fût consolée, dit Lemontey spirituellement, si elle eût connu ses travaux^. » A la fin de novembre, il se consolait lui-même en voyant ses efforts prêts d'aboutir. Le 28 novembre, la Convention était signée avec les Anglais*. Le 24 novembre, les Etats de Hollande avaient autorisé leurs députés à entrer en conférences avec l'abbé Dubois qui aussitôt présentait
1. Dubois au Régent, 30 octobre 171G (A. KTR., Hollande, t. 310. P 175).
2. Dubois au Régent 13 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, f» 148).