PREFACE XIII
épouser sa cause, n'auraient eu qu'à suivre leur propre politique; le traité d'Utrecht n'avait point besoin de garanties. Colle carrière tourmentée, fiévreuse, haletante dans son escalade continue ; sans autre mobile que l'inlérèt particulier d'un maître servi par égoïsme d'ambition, plutôt que par dévouement personnel, sans véritable proposition d'Etat, sans grande lumière ; carrière faite avec les ressources de la France, parfois contre la France, pour elle dans les rencontres, mais jamais, comme il aurait convenu, pour elle-même et pour elle exclusivement, éveille la curiosité et la retient, mais n'appelle point la sympathie ; elle n'inspire point d'admiration, elle ne laisse pas de regrets ; elle manque de souffle et de grandeur.
(( Toute son œuvre diplomatique, conclut notre auteur, fut un « mystère perpétuel. C'est ainsi qu'elle fut acceptée de la France « et depuis si mal connue. »
« Lemontey l'avait discernée et nettement esquissée ; Saint- Simon l'avait tirée à sa haine et abîmée; depuis, et un peu par réaction, la tendance était plutôt à la réhabiliter et à y découvrir des motifs, au moins des prétextes et des excuses patriotiques. L'auteur du Mémoire semble avoir entrepris son travail dans cette disposition ; les documents l'ont ramené très vite à la mesure, et ses conclusions se rapprochent singulièrement de celles de Lemontey, ou plutôt les confirment. C'est que Lemontey avait lu en partie ces mêmes manuscrits des Affaires Etrangères, que l'auteur du Mémoire a dépouillés très complètement. Si notre auteur n'a pas aussi entièrement renouvelé cette histoire qu'il s'en flattait au début, on ne doit point le regretter. Renouveler l'histoire est le plus souvent la fausser. Elle repose sur les faits acquis; son progrès consiste, non à modifier ces faits, mais à les mieux déterminer.
« C'est le grand mérite de l'auteur du livre sur Dubois. Il ne nous présente point de ce personnage un portrait que les contemporains ne reconnaîtraient pas ; prenant l'image laissée par ces contemporains, il la dégage des sinistres et saisissantes couleurs qu'y a appliquées Saint-Simon; il la pâlit, mais il la ramène à ses traits naturels ; il la remet dans son jour terne de chancellerie secrète, et malgré ce que la physionomie conserve de disgracieux, de grimaçant, de chafouin, il y restitue le trait d'intelligence aiguë, l'expression d'énergie acharnée, en un mot le caractère.