‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 119 sur 246 · L'INCIDENT DE MILAN (MAI · texte numérisé non relu

L'INCIDENT DE MILAN (MAI

d'Espagne? Le successeur de dcl Giudice à la charge de grand inquisiteur, Molinès, traversait cette province au mois de mai 1717, muni d"un sauf-conduit du Pape : il avait été brusquement arrêté à Milan et enfermé, ses papiers saisis ^ Sans doute l'Empereur et Philippe V n'étaient pas en état de paix : mais ils avaient l'un et l'autre accepté la neutralité de l'Italie. L'Empereur prenait l'initiative d'une rupture et annulait le trailé d'Utrccht : que penserait-on, en France et en Espagne, du Régent, si par une alliance séparée avec lui, il avait l'air de justilier cette entreprise et d'approuver cette nouvelle guerre en Italie^?

Pendant deux mois, Dubois fit des représentations très vives au gouvernement anglais. 11 semblait reculer devant une situation aussi compromettante. L'Angleterre de son côté ne lui accorda rien, et s'en tint aux propositions qu'elle avait faites. Elle déclarait qu'elle avait déjà obtenu de l'Autriche des sacrifices suffisants à satisfaire les intérêts, à fléchir l'entêtement du roi d'Espagne. En réalité toutes ces négociations n'avaient servi qu'à entretenir les espérances et les prétentions de Charles VI, qu'à irriter Philippe V, à éveiller ses inquiétudes.

La politique secrète du Régent, dirigée par Dubois, ignorée du Conseil, après avoir promis la paix, la détruisait en Italie. Si les Farnèse poussaient Alberoni à la guerre, c'est que l'Empereur, encouragé par la Triple Alliance, leur en fournissait le prétexte.

La guerre n'éclata point aussitôt. Philippe V aurait voulu venger immédiatement l'affront fait à Molinès. Les grands seigneurs espagnols, le marquis de Saint-Philippe, le duc de Popoli, l'y poussaient vivement ^. Alberoni employa toute son influence à l'en détourner, lui représenta que les finances de l'Espagne et son armée n'étaient pas suffisantes encore pour risquer l'entreprise décisive. En Espagne, ses conseils auraient peut-être été entendus, si la cour de Parme et les Farnèse n'avaient exigé des souverains espagnols et de leur ministre une action énergique contre les Impériaux. Le 17 juillet 1717,

1. Torcy, Négociations, II, p. 415-416 ; Saint-Simon|(édit.SGhémel, XIV, p. G9-70) .

2. Le Roi à Saint-Aignan, 1" août 1717 (A. ÉTR., Esp., l. 259, f» 38) ; Dubois à Stanhope, 17 juillet 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 300, f» 335-337).

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