Voir notre tome II, Alberoni et le Secret des Farnèse
l'escadre espagnole quittait le port de Barcelone après avoir embarqué une petite armée sous les ordres du marquis de Leyde, destinée contre les possessions italiennes de l'Autriche.
Une dépèche de Dubois à son confident Robethon nous a conservé le secret de sa pensée à ce moment, ses regrets, ses inquiétudes. « Le projet d'armement de l'Espagne en Italie va apporter des difficultés au plan. Quelle que puisse être la vue de cette équipée, comptez sur notre sincérité, sur notre correspondance pour la paix de l'Europe. Dieu veuille que cette sottise ne rende pas inutiles vos bonnes intenlions pour la tranquillité publique ^ » La réponse des Anglais fut encore plus significative. Leur joie était extrême : « La conduite de l'Espagne déterminera le Régent à conclure avec l'Empereur, à l'exclusion de l'Espagne, et à pousser l'affaire du plan avec fermeté 2. » L'Empereur, de son côté, parlait des dangers que courait la Toscane, demandait des subsides au grand-duc : l'occasion lui paraissait bonne d'occuper l'Ilalie centrale. Il se réjouissait qu'on eût écarté le roi de Prusse de la Triple Alliance^.
Telles étaient les conséquences de la politique secrète engagée par Dubois pour les intérêts du Régent, sans souci de ceux de la France. Elle conduisait insensiblement le royaume, en dépit des espérances et des promesses contraires, à la guerre, à la plus impolitique et à la plus fâcheuse des guerres, une guerre conti'e l'Espagne, au |)rofit de l'Angleterre; une guerre contre les Rourbons au i)ro(it des Habsbourg. La meilleure critique (|u'on eût pu faire était la lettre qu'à cette époque Stanhope écrivait à Dul)ois pour calmer ses scru})ules, écarter ses représentations, soutenir sa bonne volonté : « Dans le cas où le roi dlvspagne refuserait d'entrer dans le plan, comme un tel refus ne j)Ouri'ait avoir d'autre motif que de faire valoir ses prétentions à la coui-onne de France, le cas arrivant, nous croyons (pi'alors rint(''rèt de M. le Régent serait encore plus giand à coiiclun' avec ri'^mpereur, et à cherchei- sa sùielé dans l;i garantie de ce
L Dubois A Hobollion, 28 juillel 1717 (A. i.TW.. Aiii: , I. :!()(l. I" 378). '2. Hohcllion M Dubois, 2 ■•loùl 1717 (//>»/.'.
3. Dt-péciic (le Ci.ill.is, ambassadeur iiiiprrial dans Torcv. Nrr/dcinlifins, II, p. r.'.M)-r/.l3 cl S.iiiil-Siiiioii, Mriniiires (édil. Chrnicl. XIV, p. 111 : ConlV-i'ence de
\ jiMinr (lu S .'iiHil 1717 \\ un. Saats Akuii. dans \\ cbi'r. (hidilniprl Alliaiiz, p. 42).